{"id":39,"date":"2006-04-06T10:47:17","date_gmt":"2006-04-06T10:47:17","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?page_id=39"},"modified":"2008-06-06T22:06:25","modified_gmt":"2008-06-06T21:06:25","slug":"felix-feneon-1861-1944","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?page_id=39","title":{"rendered":"F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on (1861-1944)"},"content":{"rendered":"<p align=\"center\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/locus-solus-fr.net\/wp-admin\/..\/img\/feneon.jpg\" alt=\"felix-feneon\" title=\"felix-feneon\" \/><\/p>\n<p align=\"justify\">La vie artistique et litt\u00e9raire comporte \u00e0  chaque \u00e9poque des personnages secrets, figures de l\u2019ombre dont les contemporains ne soup\u00e7onnent pas le r\u00f4le souterrain et consid\u00e9rable. F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on fut de ceux-l\u00e0 .<\/p>\n<p align=\"justify\">Critique inform\u00e9 et p\u00e9n\u00e9trant dont la post\u00e9rit\u00e9 a ratifi\u00e9 la plupart des choix, animateur de revues et galeriste, ce pince-sans-rire \u00e0 l\u2019anglo-saxonne fut l\u2019\u00e9minence grise des arts et des lettres de son temps : il n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde d\u2019imposer Seurat et les n\u00e9o-impressionnistes, d\u2019\u00e9diter Rimbaud et Jules Laforgue.<\/p>\n<p align=\"justify\">Personnage \u00e9nigmatique jusque dans ses allures de M\u00e9phistoph\u00e9l\u00e8s (avec sa longue figure ponctu\u00e9e d\u2019une barbiche), F\u00e9n\u00e9on avait fait du laconisme une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et une strat\u00e9gie litt\u00e9raire. Jarry l\u2019avait surnomm\u00e9 \u00ab Celui qui silence \u00bb. Le go\u00fbt des travaux indirects le caract\u00e9rise, de m\u00eame qu\u2019une volont\u00e9 farouche d\u2019effacement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi son oeuvre resta-t-elle longtemps dispers\u00e9e en milliers d\u2019articles \u00e0 la prose parfaite, comptes rendus, notes, notices et notules incisives, qu\u2019il poussait le dandysme jusqu\u2019\u00e0 signer tant\u00f4t d\u2019un pseudonyme, tant\u00f4t de ses seules initiales, voire \u00e0 ne pas signer du tout. \u00c0 la fin de sa vie, qui fut longue, il refusait encore que ses \u00e9crits soient r\u00e9\u00e9dit\u00e9s [1].<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y a du mystificateur dans cet homme au flegme imperturbable, au verbe rare et assassin [2], qui fut pendant treize ans r\u00e9dacteur au minist\u00e8re de la Guerre dans le m\u00eame temps o\u00f9 il collaborait activement \u00e0 la presse libertaire. Si son implication dans l\u2019attentat du restaurant Foyot reste \u00e0 prouver, ses sympathies anarchistes (qu\u2019il partageait avec nombre d\u2019\u00e9crivains et de peintres de son temps, r\u00e9volt\u00e9s par l\u2019\u00e9crasement de la Commune et le retour de l\u2019ordre moral) ne font aucun doute. Un esprit aussi fin que Mallarm\u00e9 ne s\u2019y trompa pas, qui disait que les bombes de F\u00e9n\u00e9on se trouvaient dans ses textes. Et ceci nous am\u00e8ne aux <em>Nouvelles en trois lignes<\/em>.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Nouvelles en trois lignes<\/strong><br \/>\nEngag\u00e9 en 1906 au <em>Matin<\/em> pour tenir la rubrique des br\u00e8ves, F\u00e9n\u00e9on \u00e9leva le fait divers au rang des beaux-arts par la pratique d\u2019un humour \u00e0 froid tr\u00e8s personnel :<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Renouer avec Aart\u00e9mise R\u00e9tro, des Lilas, \u00e9tait le v\u0153u du tendre Jean Voul. Elle restait inexorable. Aussi la poignarda-t-il.<br \/>\n&#8211; Rattrap\u00e9 par un tramway qui venait de le lancer \u00e0 dix m\u00e8tres, l\u2019herboriste Jean D\u00e9sille, de Vanves, a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9 en deux.<br \/>\n&#8211; Le Dunkerquois Scheid a tir\u00e9 trois fois sur sa femme. Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-m\u00e8re : le coup porta.<br \/>\n&#8211; Au d\u00e9nombrement, le maire de Montirat (Tarn) majora les chiffres. Ce souci de r\u00e9gir un grand peuple lui vaut sa r\u00e9vocation.<br \/>\n&#8211; \u00c0 Oyonnax, Mlle Cottet, 18 ans, a vitriol\u00e9 M. Besnard, 25 ans. L\u2019amour, naturellement.<br \/>\n&#8211; Jugeant sa fille (19 ans) trop peu aust\u00e8re l\u2019horloger st\u00e9phanois Jallat l\u2019a tu\u00e9e. Il est vrai qu\u2019il lui reste onze autres enfants.<\/p>\n<p align=\"justify\">La direction du <em>Matin<\/em> mit quelques mois \u00e0 comprendre qu\u2019il y avait anguille sous roche. Devant les protestations des lecteurs, on signifia bient\u00f4t son cong\u00e9 au fait-diversier.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Une machine de guerre<\/strong><br \/>\nLes <em>Nouvelles en trois lignes<\/em> ont \u00e9t\u00e9 maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9es. L\u2019\u00e9dition qu\u2019en a procur\u00e9 H\u00e9l\u00e8ne V\u00e9drine au Livre de poche\/Biblio pr\u00e9sente l\u2019int\u00e9r\u00eat de fournir en annexe quelques \u00e9chantillons des chroniques que F\u00e9n\u00e9on donnait au m\u00eame moment \u00e0 la presse libertaire. Ce voisinage est \u00e9clairant quant aux intentions sous-jacentes du journalistes du <em>Matin<\/em>.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au-del\u00e0 de leur gageure d\u2019exercices de style (la concision pouss\u00e9e \u00e0 ce degr\u00e9 rel\u00e8ve assur\u00e9ment du grand art), les ha\u00efkus ravageurs de F.F. sont en effet une machine de guerre dirig\u00e9e contre la soci\u00e9t\u00e9 de son temps. Sous couvert d\u2019information, ils op\u00e8rent un travail de sape, avec une efficacit\u00e9 d\u2019autant plus redoutable qu\u2019ils cultivent l\u2019ironie glaciale et se refusent \u00e0 l\u2019apitoiement.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde<\/strong><br \/>\nDans sa banalit\u00e9 tragique ou burlesque, le fait divers est \u00e9ternel, quelque chose comme un condens\u00e9 de com\u00e9die humaine ; il est aussi une photographie exacte de l\u2019\u00e9tat d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. Sur le petit th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde des <em>Nouvelles en trois lignes<\/em>, c\u2019est l\u2019envers de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui se trouve mis \u00e0 nu, avec ses injustices et ses tensions sociales, ses accidents du travail et ses gr\u00e8ves r\u00e9prim\u00e9es dans le sang, ses combines politiques et ses inaugurations de chrysanth\u00e8mes, ses scandales financiers et ses attentats \u00e0 la bombe, sa guerre scolaire qui fait rage entre la\u00efcs et calotins (\u00ab \u00c0 toute force, le comte de Malartic voulait suspendre Dieu dans l\u2019\u00e9cole d\u2019Yville. Maire, on l\u2019a suspendu lui-m\u00eame \u00bb), ses siphonn\u00e9s, ses incendiaires et ses mis\u00e9reux candidats au suicide, ses crimes passionnels et ses catastrophes ferroviaires en s\u00e9rie. La France de la bien mal-nomm\u00e9e Belle \u00c9poque s\u2019industrialise \u00e0 marche forc\u00e9e et cette mutation a son co\u00fbt humain et social. \u00c0 leur mani\u00e8re, les <em>Nouvelles en trois lignes<\/em> racontent aussi cela : les rat\u00e9s de la modernisation. Allez, encore trois pour la route :<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211; Catherine Rosello, de Toulon, m\u00e8re de quatre enfants, voulut \u00e9viter un train de marchandises. Un train de voyageurs l\u2019\u00e9crasa.<br \/>\n&#8211; Dans un caf\u00e9, rue Fontaine, Vautour, Lenoir et Atanis ont, \u00e0 propos de leurs femmes absentes, \u00e9chang\u00e9 quelques balles.<br \/>\n&#8211; C\u2019est au cochonnet que l\u2019apoplexie a terrass\u00e9 M. Andr\u00e9, 75 ans, de Levallois. Sa boule roulait encore qu\u2019il n\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus.<\/p>\n<p align=\"justify\">1. En 1948, Jean Paulhan publia chez Gallimard un choix d\u2019<em>Oeuvres<\/em>, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019une remarquable pr\u00e9face, <em>F.F. ou le critique<\/em>. En 1970, Joan U. Halperin a r\u00e9uni en deux volumes parus chez Droz les <em>Oeuvres plus que compl\u00e8tes<\/em> de F\u00e9n\u00e9on. En grattant encore dans les coins, le L\u00e9rot a trouv\u00e9 la mati\u00e8re de deux volumes suppl\u00e9mentaires (<em>Petit suppl\u00e9ment aux oeuvres compl\u00e8tes<\/em> I &#038; II, 2003 et 2006), sans compter divers documents et correspondances.<br \/>\n2. Jules Renard rapporte ce trait dans son <em>Journal<\/em> :<br \/>\n\u00ab Il recouvrit la raison \u00bb, \u00e9crivait Marcel L\u2019Heureux dans un de ses contes.<br \/>\n&#8211; Il doit y avoir une faute d\u2019orthographe, dit F\u00e9n\u00e9on. C\u2019est la maison, qu\u2019il voulait dire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vie artistique et litt\u00e9raire comporte \u00e0 chaque \u00e9poque des personnages secrets, figures de l\u2019ombre dont les contemporains ne soup\u00e7onnent pas le r\u00f4le souterrain et consid\u00e9rable. F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on fut de ceux-l\u00e0 . 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