{"id":1053,"date":"2020-05-02T13:50:21","date_gmt":"2020-05-02T11:50:21","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=1053"},"modified":"2020-05-02T15:48:02","modified_gmt":"2020-05-02T13:48:02","slug":"le-cabinet-imaginaire-de-thomas-browne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=1053","title":{"rendered":"Le cabinet imaginaire de Thomas Browne"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est d\u2019abord que les livres de Browne, par leur d\u00e9marche, leurs th\u00e8mes, leur construction m\u00eame se pr\u00e9sentent comme des objets de curiosit\u00e9 : rapprochant les extr\u00eames, admirables de paradoxe, extr\u00eamement construits, et \u00ab artificiels \u00bb, sous leur apparent naturel. C\u2019est qu\u2019ils traitent, la plupart du temps, pour citer une formule d\u2019un autre esprit proche de Browne, Sir John Harrington, de \u00ab signatures de tr\u00e8s grandes id\u00e9es dans de tr\u00e8s petites choses \u00bb, qu\u2019ils lisent le sublime dans le trivial, le m\u00e9taphysique dans l\u2019ordinaire, et recherchent, comme le collectionneur de curiosit\u00e9s, \u00e9chos et correspondances entre les r\u00e9alit\u00e9s d\u2019apparence les plus \u00e9loign\u00e9es.<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nOn trouve enfin chez Browne une fascination avou\u00e9e pour les hybrides : fossiles, qui ne sont ni min\u00e9raux ni v\u00e9g\u00e9taux, mais l\u2019un et l\u2019autre \u00e0 la fois, ou animaux crois\u00e9s, comme le <em>camelopard<\/em> (c\u2019est-\u00e0-dire la girafe) ou l\u2019<em>armadillo<\/em> (le tatou) ; il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 sa langue \u2013 mixte de latin et de saxon \u2013 et sa m\u00e9thode qui n\u2019appartiennent \u00e0 ce registre. Comme ses contemporains \u2013 Aubrey et Evelyn \u2013 Browne \u00e9tait adepte d\u2019une culture du calepin (ou du <em>commonplace book<\/em>), recueil de notes, citations, impressions de lecture qui servent de fonds \u00e0 ses \u00e9crits et leur donnent leur \u00e9trange qualit\u00e9 paratactique, les paragraphes et les id\u00e9es s\u2019y juxtaposant, comme les objets dans un cabinet.<br \/>\n[\u2026]<br \/>\nTrop subtil pour s\u2019aveugler lui-m\u00eame, Browne revint obliquement, apr\u00e8s avoir consacr\u00e9 une somme aux formes et emprises de la croyance fascinante et brouillonne (<em>Pseudodoxia Emidemica, or Vulgar Errors<\/em>, 1646), sur son th\u00e8me de pr\u00e9dilection dans un court trait\u00e9, aussi l\u00e9ger qu\u2019est capillairement \u00e9rudite son histoire des illusions humaines.<br \/>\n<em>Museaum Clausum sive Bibliotheca Abscondita<\/em> (publi\u00e9 \u00e0 titre posthume en 1684) s\u2019inspire du catalogue des livres de la Biblioth\u00e8que de Saint-Victor, morceau de bravoure du Livre II de <em>Pantagruel<\/em> de Rabelais ; et se propose de d\u00e9crire le contenu d\u2019un cabinet de curiosit\u00e9s qui n\u2019aurait de r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019id\u00e9ale \u2013 ou parodique. \u00ab L\u2019auteur s\u2019y divertit, \u00e9crit Johnson, \u00e0 imaginer l\u2019existence de livres et de curiosit\u00e9s sans aucune r\u00e9alit\u00e9, ou que l\u2019on a irr\u00e9m\u00e9diablement perdus. \u00bb Tour de force sur un tour de force, le pseudo-catalogue de Browne \u00e9gr\u00e8ne \u00e0 plaisir les \u00ab figures impos\u00e9es \u00bb de la culture de la curiosit\u00e9 \u2013 provenances fabuleuses, r\u00e9f\u00e9rences occultes, <em>hapax<\/em> techniques ou rh\u00e9toriques, formes diverses de monstruosit\u00e9s ou d\u2019exceptions \u2013 comme pour d\u00e9velopper tout le spectre de cette passion, et s\u2019en moquer du m\u00eame mouvement, selon sa strat\u00e9gie naturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Patrick Mauri\u00e8s, <em>le Miroir des vanit\u00e9s<\/em>.<br \/>\n\u00c9ditions du Regard, 2012.<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[<em>Le Miroir des vanit\u00e9s<\/em> est une monographie sur le graveur Erik Desmazi\u00e8res, occasion pour Patrick Mauri\u00e8s de nouvelles variations sur quelques-uns de ses motifs de pr\u00e9dilection : l&rsquo;esprit de collection, les cabinets de curiosit\u00e9s, Thomas Browne, les essayistes anglais des XVII<span style=\"vertical-align: 3px; font-size: 70%\">e<\/span> et XVIII<span style=\"vertical-align: 3px; font-size: 70%\">e<\/span> si\u00e8cles. On prend toujours plaisir \u00e0 ces rhapsodies.]<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"389\" width=\"500\" src=\"https:\/\/lherbequitremble.fr\/blog\/tbrown.jpg\" \/><br \/>\n<span class=\"note\">Attribu\u00e9 \u00e0 Joan Carlile, <em>Dorothy [n\u00e9e Mileham] et Thomas Browne<\/em> (v. 1641-1650).<br \/>\nLondres, National Portrait Gallery.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est d\u2019abord que les livres de Browne, par leur d\u00e9marche, leurs th\u00e8mes, leur construction m\u00eame se pr\u00e9sentent comme des objets de curiosit\u00e9 : rapprochant les extr\u00eames, admirables de paradoxe, extr\u00eamement construits, et \u00ab artificiels \u00bb, sous leur apparent naturel. 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