{"id":1136,"date":"2023-03-05T13:25:40","date_gmt":"2023-03-05T11:25:40","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=1136"},"modified":"2023-03-12T12:20:00","modified_gmt":"2023-03-12T10:20:00","slug":"lectures-expresses-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=1136","title":{"rendered":"Lectures expresses"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Pere Gimferrer, <em>Interlude bleu<\/em> (<em>Interludio azul<\/em>, 2006). Traduit de l\u2019espagnol par Christophe David. Le Promeneur, 2009.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img19\/pg-interlude.jpg\" align=\"left\" hspace=\"10\" width=\"150\" height=\"250\" \/>Un homme et une femme se sont aim\u00e9s en 1969 ; puis se sont perdus de vue et ont fait leur vie chacun de son c\u00f4t\u00e9. Un hasard les fait se retrouver trente-cinq ans plus tard. Non, ce ne sera ni un second coup de foudre ni un remake de <em>la Femme d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em>, quoique la tension passionnelle demeure latente entre ces deux \u00eatres que caract\u00e9rise une grande lucidit\u00e9. Le narrateur est \u00e9crivain. Son r\u00e9cit est satur\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et cin\u00e9matographiques (de Douglas Sirk \u00e0 Jacques Tourneur en passant par Mitchell Leisen et Alain Resnais). Non par p\u00e9dantisme mais parce qu\u2019il est de ces \u00eatres chez qui la fr\u00e9quentation des \u0153uvres se confond avec le tissu intime de l\u2019existence, de sorte qu\u2019\u00e0 tout moment s\u2019impose \u00e0 sa m\u00e9moire le souvenir d\u2019un vers, d\u2019une ambiance de film faisant \u00e9cho \u00e0 sa vie pr\u00e9sente. Au d\u00e9but, on est plut\u00f4t envo\u00fbt\u00e9 par ce monologue proc\u00e9dant par longues phrases sinueuses \u00e9pousant les circonvolutions de la pens\u00e9e du narrateur. Et puis, on finit par se demander o\u00f9 l\u2019auteur veut en venir. Mais \u00e7\u00e0 et l\u00e0 surgissent de beaux po\u00e8mes en prose :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Les rues nous emm\u00e8nent \u00e0 la rencontre de nous-m\u00eames, comme si la nuit barcelonaise \u00e9tait la nuit antillaise de tabac et de tambours de <em>Vaudou<\/em> de Jacques Tourneur, comme si le plein jour barcelonais \u00e9tait cette aube \u00ab claire et belle \u00bb, avec le silence aujourd\u2019hui inconcevable de l\u2019aubade m\u00e9di\u00e9vale, dans laquelle Tirant sort \u00e0 la recherche peut-\u00eatre de Camesina, parce que notre histoire est aussi un roman de chevalerie, et nous marchons, hypnotis\u00e9s par nous-m\u00eames \u2013 par ce que nous sommes, et par nos mots, dits comme s\u2019ils \u00e9taient des talismans \u2013, sans pesanteur \u00e0 travers les trottoirs, transport\u00e9s, hallucin\u00e9s et pourtant, en m\u00eame temps, horriblement lucides : c\u2019est C., c\u2019est moi, c\u2019est nous deux, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, main dans la main, envelopp\u00e9s dans la coquille noire de la nuit, dans la lumi\u00e8re fausse des n\u00e9ons, dans le masque de cire ou le grand masque de li\u00e8ge de la tomb\u00e9e du jour. Il commence \u00e0 faire sombre : en m\u00eame temps en 1969 et aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Beno\u00eet Duteurtre, <em>Dictionnaire amoureux de la Belle \u00c9poque et des Ann\u00e9es folles<\/em>. Plon, 2022.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img19\/bd-dico.jpg\" align=\"left\" hspace=\"10\" width=\"150\" height=\"228\" \/>G\u00e9n\u00e9ralement peu client de la formule des dictionnaires amoureux, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 s\u00e9duit par le livre que consacre Beno\u00eet Duteurtre aux ann\u00e9es 1890-1930. \u00c0 cela, plusieurs raisons. La plume fluide de l\u2019auteur conf\u00e8re \u00e0 la lecture autant d\u2019int\u00e9r\u00eat que d\u2019agr\u00e9ment. Sa ma\u00eetrise du sujet ne fait aucun doute, en particulier sa culture musicale qui embrasse le spectre entier du genre, depuis la musique savante jusqu\u2019au caf\u00e9 concert. Richard Strauss, Duke Ellington et Dranem sont trait\u00e9s avec une \u00e9gale comp\u00e9tence \u2013 et une \u00e9gale sympathie. L\u2019indiff\u00e9rence aux fronti\u00e8res entre les arts, \u00e0 la hi\u00e9rarchie scolaire des genres, l\u2019attention aux croisements esth\u00e9tiques et sociaux auxquels l\u2019\u00e9poque fut propice sugg\u00e8rent de m\u00eame des rapprochements qui l\u2019\u00e9clairent tout enti\u00e8re : \u00ab Le plaisir du jeu, le sens de l\u2019ironie qui inspirent Apollinaire ou Ravel, Maurice Leblanc les a appliqu\u00e9s au roman policier. \u00bb On pourra regretter le point de vue franco-centr\u00e9 et s\u2019\u00e9tonner de quelques absences mais l\u2019approche subjective est la loi du genre ; et si l\u2019auteur emploie fr\u00e9quemment la premi\u00e8re personne pour exprimer une pr\u00e9f\u00e9rence ou \u00e9voquer les circonstances d\u2019une d\u00e9couverte, on lui sait gr\u00e9 de ne pas se faire valoir aux d\u00e9pens de son sujet. Enfin, une id\u00e9e anime le livre, un point de vue unifie le d\u00e9sordre oblig\u00e9 des notices. On a coutume d\u2019opposer terme \u00e0 terme la Belle \u00c9poque et les Ann\u00e9es folles, le foisonnement v\u00e9g\u00e9tal du <em>modern style<\/em> et la ligne claire de l\u2019Art d\u00e9co. Beno\u00eet Duteurtre s\u2019emploie au contraire \u00e0 mettre en valeur la continuit\u00e9 qui unit ces deux \u00e9poques, de part et d\u2019autre de la grande saign\u00e9e de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pere Gimferrer, Interlude bleu (Interludio azul, 2006). Traduit de l\u2019espagnol par Christophe David. Le Promeneur, 2009. Un homme et une femme se sont aim\u00e9s en 1969 ; puis se sont perdus de vue et ont fait leur vie chacun de son c\u00f4t\u00e9. Un hasard les fait se retrouver trente-cinq ans plus tard. 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