{"id":1138,"date":"2023-03-12T12:14:33","date_gmt":"2023-03-12T10:14:33","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=1138"},"modified":"2023-03-18T13:14:48","modified_gmt":"2023-03-18T11:14:48","slug":"lectures-expresses-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=1138","title":{"rendered":"Lectures expresses"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Jay McInerney, <em>les Jours enfuis<\/em> (<em>Bright, Precious Days<\/em>, 2016). Traduction de Marc Amfreville. L\u2019Olivier, 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img19\/jmi-jo.jpg\" height=\"227\" width=\"150\" hspace=\"10\" align=\"left\" \/>Ce roman est le dernier volet d\u2019une trilogie mettant en sc\u00e8ne et regardant vieillir sur trois d\u00e9cennies le m\u00eame couple new-yorkais et son entourage (je n\u2019ai pas lu les deux premiers, <em>Trente Ans et des poussi\u00e8res<\/em> et <em>la Belle Vie<\/em>). Russell Calloway dirige une petite maison d\u2019\u00e9dition litt\u00e9raire. Son \u00e9pouse Corrine a quitt\u00e9 un emploi dans la banque pour se d\u00e9dier \u00e0 l\u2019aide alimentaire ; c\u2019est aussi une sc\u00e9nariste de talent. Leur couple, apparemment solide comme le roc, constitue un point de rep\u00e8re pour leur entourage jonch\u00e9 de divorces. Leur milieu est celui de la moyenne bourgeoisie intellectuelle \u00ab \u00e9clair\u00e9e \u00bb, qui n\u2019est certes pas \u00e0 plaindre mais subit n\u00e9anmoins \u00e0 son tour la gentrification effr\u00e9n\u00e9e de New York. La narration encha\u00eene tableaux domestiques, d\u00eeners en ville et repas de famille tournant r\u00e9guli\u00e8rement au d\u00e9sastre, mondanit\u00e9s, vernissages et lancements copieusement arros\u00e9s et coca\u00efn\u00e9s, vacances dans les Hampton, parties de p\u00eache \u00e0 la mouche, soir\u00e9es dans les restaurants \u00e0 la mode pratiquant la cuisine mol\u00e9culaire et l\u2019addition stratosph\u00e9rique (l\u2019obsession alimentaire est l\u2019un des motifs seconds du livre). Th\u00e8mes : crise de la cinquantaine, amours adult\u00e8res, foire aux vanit\u00e9s, bonne-mauvaise conscience d\u2019une classe heureuse tout de m\u00eame de jouir de ses privil\u00e8ges, \u00ab d\u00e9bris du pass\u00e9 \u00bb qui n\u2019en finissent pas de hanter le pr\u00e9sent. En navette, la vie d\u2019une maison d\u2019\u00e9dition ind\u00e9pendante : les agents requins, les jeunes auteurs ingrats, l\u2019attente anxieuse des premi\u00e8res critiques qui d\u00e9cideront du succ\u00e8s ou de l\u2019\u00e9chec commercial d\u2019un livre, le scandale li\u00e9 \u00e0 la publication d\u2019un t\u00e9moignage bidon, les fins de mois acrobatiques. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan : les primaires d\u00e9mocrates, la crise des subprimes, le scandale Lehman Brothers et l\u2019\u00e9lection d\u2019Obama.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De temps \u00e0 autre, on se dit qu\u2019il faut bien lire un gros roman <em>mainstream<\/em> am\u00e9ricain, et pour finir cela ressemble exactement \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut s\u2019en faire sans l\u2019avoir ouvert. Jay McInerney a sans conteste un talent de narrateur et d\u2019observateur. Ce talent n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde, si l\u2019on consid\u00e8re le nombre de romans qui vous tombent des yeux au bout de trois paragraphes quand on les feuillette en librairie. N\u00e9anmoins, son livre permet de mesurer le foss\u00e9 qui s\u00e9pare le <em>storytelling<\/em> de la litt\u00e9rature. L\u2019un des sympt\u00f4mes en est un effet d\u2019aplatissement qui r\u00e9duit au m\u00eame niveau tous les \u00e9l\u00e9ments de la narration, qu\u2019ils soient signifiants ou adventices. Lire un roman de ce genre, m\u00eame non d\u00e9nu\u00e9 de m\u00e9rites, fait l\u2019effet de visionner une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 sans la cin\u00e9g\u00e9nie, la lumi\u00e8re, les d\u00e9cors, les com\u00e9diens qui lui apporteraient le suppl\u00e9ment de leur incarnation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jay McInerney, les Jours enfuis (Bright, Precious Days, 2016). Traduction de Marc Amfreville. L\u2019Olivier, 2017. 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