{"id":1315,"date":"2024-08-10T20:09:55","date_gmt":"2024-08-10T18:09:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=1315"},"modified":"2025-06-23T20:04:19","modified_gmt":"2025-06-23T18:04:19","slug":"du-cinema-mineur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=1315","title":{"rendered":"Du cin\u00e9ma mineur"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"399\" height=\"295\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img20\/jt-cod-01.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vu, gr\u00e2ce au <em>Cin\u00e9ma de minuit<\/em> de Patrick Brion, un Jacques Tourneur peu connu, <em>Circle of Danger<\/em> (1951). \u00ab&nbsp;\u0152uvre mineure et personnelle&nbsp;\u00bb, \u00e9crivent Tavernier et Coursodon de mani\u00e8re exp\u00e9ditive. Personnelle, assur\u00e9ment&nbsp;; \u00ab&nbsp;mineure&nbsp;\u00bb, sans doute, par rapport aux productions de Val Lewton, mais n\u00e9anmoins sup\u00e9rieure \u00e0 des films plus r\u00e9put\u00e9s tels que <em>The Fearmakers<\/em>. Et d\u2019ailleurs, qu\u2019est-ce qu\u2019une \u0153uvre mineure&nbsp;? Ou plus exactement&nbsp;: <em>o\u00f9<\/em> situer, \u00e9valuer l\u2019ambition, la r\u00e9ussite d\u2019un film&nbsp;? Doit-on la rapporter \u00e0 son sujet (au risque de ressusciter la vieille critique scolaire de contenu)&nbsp;? \u00c0 sa mise en sc\u00e8ne&nbsp;? Au parfait ajustement de ses moyens et de ses fins&nbsp;? Soit deux films de Paul Thomas Anderson. Entre <em>Magnolia<\/em>, film choral \u00e0 grrrrand sujet emphatique et pontifiant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019insupportable, et <em>Punch Drunk Love<\/em>, film \u00e0 petit sujet constamment inventif et merveilleusement d\u00e9concertant dans son m\u00e9lange de genres et de tons, quel est r\u00e9ellement le plus ambitieux, le plus singulier des deux&nbsp;? En tout \u00e9tat de cause, pour en revenir \u00e0 Tourneur, <em>Circle of Danger<\/em> op\u00e8re sans effort apparent la fusion impalpable de la narration, des r\u00e9flexes d\u2019acteurs, du d\u00e9cor et de la <em>Stimmung<\/em>, dans un film souvent surprenant dans ses m\u00e9andres, et captivant de bout en bout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s la guerre, Ray Milland enqu\u00eate en Angleterre sur les circonstances suspectes de la mort de son fr\u00e8re durant le d\u00e9barquement de Normandie. Il se heurte \u00e0 une conspiration du silence, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation de la v\u00e9rit\u00e9 qui n\u2019est bien entendu pas celle qu\u2019on imagine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le film est l\u2019histoire d\u2019un d\u00e9paysement, o\u00f9 notre position de spectateur \u00e9pouse celle du protagoniste am\u00e9ricain, \u00e9voluant dans un pays inconnu, en terrain min\u00e9, en traversant \u00e0 t\u00e2tons une s\u00e9rie de milieux et de strates sociales, entre Londres, Birmingham, le pays de Galles et les Highlands. On est \u00e9pat\u00e9 comme toujours par la simplicit\u00e9 d\u00e9sarmante avec laquelle Tourneur parvient, sans effets de manche, au moyen d\u2019un d\u00e9coupage classique, \u00e0 instiller un climat de danger latent, un sentiment de doute et d\u2019instabilit\u00e9, qui sourdent des d\u00e9cors, des situations les plus ordinaires. Comment diable fait-il&nbsp;*&nbsp;? Parall\u00e8lement \u00e0 son enqu\u00eate, Milland noue une idylle avec une jeune Anglaise (Patricia Roc, excellente). Et l\u00e0, chapeau au dialogue du romancier-sc\u00e9nariste Philip McDonald, aux mises en place de Tourneur, \u00e0 la finesse des com\u00e9diens, qui donnent un charme fou \u00e0 ce flirt embarrass\u00e9, constamment contrecarr\u00e9 par des malentendus, des retards involontaires, des incidents inopin\u00e9s. Il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour me faire affirmer qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une des plus belles cours amoureuses de l\u2019histoire du cin\u00e9ma, avec celle de <em>People Will Talk<\/em> de Joseph Mankiewicz.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span class=\"note\">* <em>Comment diable fait-il ?<\/em> C\u2019est une vraie question, \u00e0 laquelle seule une patiente \u00e9tude plan par plan, une \u00e9coute attentive de la bande-son permettraient, peut-\u00eatre, de r\u00e9pondre. Chose certaine, il est beaucoup plus ais\u00e9 de d\u00e9monter comme un meccano un film aux partis pris formels ostensibles (qu\u2019il soit sign\u00e9 Straub-Huillet ou Peter Greenaway) que de mettre le doigt sur la mani\u00e8re dont s\u2019y prend Tourneur pour faire <em>lever<\/em> l\u2019inqui\u00e9tude au sein d\u2019une s\u00e9quence. Rien ne se laisse plus difficilement analyser que la trompeuse simplicit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"366\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img20\/jt-cod-02.jpg\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vu, gr\u00e2ce au Cin\u00e9ma de minuit de Patrick Brion, un Jacques Tourneur peu connu, Circle of Danger (1951). \u00ab&nbsp;\u0152uvre mineure et personnelle&nbsp;\u00bb, \u00e9crivent Tavernier et Coursodon de mani\u00e8re exp\u00e9ditive. 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