{"id":159,"date":"2007-11-14T09:51:48","date_gmt":"2007-11-14T09:51:48","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=159"},"modified":"2020-12-31T12:44:03","modified_gmt":"2020-12-31T10:44:03","slug":"richard-cook-1957-2007","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=159","title":{"rendered":"Richard Cook (1957-2007)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">Certaines d\u00e9p\u00eaches ne franchissent pas la Manche. C\u2019est par hasard que je viens d\u2019apprendre la mort de Richard Cook, survenue le 25 ao\u00fbt dernier (un cancer foudroyant), et \u00e7a m\u2019a flanqu\u00e9 un m\u00e9chant coup de bourdon. Cinquante ans, ce n\u2019est pas un \u00e2ge pour casser sa pipe, et puis cela fait toujours un effet bizarre d\u2019apprendre ce genre de nouvelles \u00e0 retardement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" align=\"right\" hspace=\"10\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/cook-morton.jpg\" \/>Cook \u00e9tait, avec Brian Morton, l\u2019auteur du fameux <em>Penguin Guide to Jazz Recordings<\/em> (huit \u00e9ditions parues depuis 1992). Pas l\u2019ouvrage le plus exhaustif du genre (1 500 pages serr\u00e9es et 14 000 disques analys\u00e9s tout de m\u00eame, de quoi remplir plusieurs vies), mais le mieux \u00e9crit, le plus incisif, le plus dr\u00f4le aussi. L\u2019un de ces livres qu\u2019on garde \u00e0 port\u00e9e de soi et qu\u2019on ouvre r\u00e9guli\u00e8rement pour y p\u00eacher un renseignement pr\u00e9cis ou pour s\u2019y promener des heures durant au hasard ; l\u2019un de ceux avec lesquels on finit par nouer un dialogue imaginaire \u2014 impossible naturellement d&rsquo;\u00eatre toujours d&rsquo;accord avec les deux auteurs (pas plus qu&rsquo;avec quiconque), mais \u00e0 force de les fr\u00e9quenter on arrive \u00e0 les conna\u00eetre et donc \u00e0 se situer par rapport \u00e0 leur go\u00fbt. Au surplus, ils ont le chic pour examiner avec autant d\u2019app\u00e9tit la production d\u2019un cornettiste New Orleans, d\u2019un honn\u00eate mainstreamer ou d\u2019un tritureur de sons avant-gardiste, pour \u00e9largir l\u2019horizon d\u2019\u00e9coute du lecteur et stimuler sa curiosit\u00e9 en tous sens. Je leur dois la d\u00e9couverte de dizaines et de dizaines de musiciens et d\u2019enregistrements qui comptent \u00e0 pr\u00e9sent parmi mes disques de chevet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" align=\"left\" hspace=\"10\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/cook01.gif\" \/>R\u00e9put\u00e9 pour son humour \u00e0 froid et certains traits d\u2019excentricit\u00e9, Richard Cook aimait \u00e0 cultiver son anglitude. Il \u00e9tait f\u00e9ru de cricket et de courses de chevaux et ne refusait jamais un verre d\u2019Islay. Fils d\u2019un enseignant passionn\u00e9 de musique, il avait commenc\u00e9 \u00e0 collectionner les 78 tours d\u00e8s l\u2019enfance (\u00ab <em>all right, I was a strange kid<\/em> \u00bb) et le virus de l\u2019accumulation ne l\u2019avait pas quitt\u00e9 : sa maison de Chiswick croulait sous des dizaines de milliers de disques de toute esp\u00e8ce, de l\u2019incunable au CD. Il regardait comme une chance le fait de devoir son premier contact avec le jazz \u00e0 un 78 tours de Jelly Roll Morton, de sorte que le jazz des premiers temps lui \u00e9tait apparu d\u2019embl\u00e9e comme une musique vivante et non comme une curiosit\u00e9 arch\u00e9ologique. Chacun a ses petits rituels quotidiens. Cook d\u00e9butait chaque journ\u00e9e en \u00e9coutant un 78 tours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" align=\"right\" hspace=\"10\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/harriott.jpg\" \/>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980, il collabora infatigablement \u00e0 d\u2019innombrables journaux et p\u00e9riodiques (<em>New Musical Express<\/em>, <em>The Sunday Times<\/em>, <em>Mojo<\/em>, <em>Punch<\/em>, <em>Sounds<\/em>, <em>New Statesman<\/em>&#8230;), dirigea les magazines <em>The Wire<\/em> et <em>Jazz Review<\/em>, et s\u2019affirma comme un des meilleurs critiques musicaux de sa g\u00e9n\u00e9ration, doubl\u00e9 d\u2019un excellent interviewer. Il se fit \u00e9galement entendre sur les ondes radiophoniques et s\u2019adonna bri\u00e8vement \u00e0 la critique de cin\u00e9ma. De 1992 \u00e0 1997, il prit la direction du secteur jazz de la branche anglaise de PolyGram. Il y produisit notamment trois albums du trompettiste Guy Barker et r\u00e9\u00e9dita, dans la pr\u00e9cieuse s\u00e9rie Redial, plusieurs introuvables des grandes figures oubli\u00e9es du jazz britannique, parmi lesquelles le tr\u00e8s singulier Joe Harriott, sorte d\u2019Ornette Coleman anglo-jama\u00efcain. Il produisit aussi un disque consacr\u00e9 \u00e0 des joyaux obscurs du music-hall anglais (interpr\u00e9t\u00e9s par la com\u00e9dienne Sheila Steafel), un de ses nombreux dadas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Car la curiosit\u00e9 de Cook, faite d\u2019un go\u00fbt personnel affirm\u00e9 alli\u00e9 \u00e0 une remarquable absence d\u2019\u0153ill\u00e8res, le portait bien au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du jazz. Elle embrassait pratiquement tous les genres musicaux, depuis les enregistrements d\u2019op\u00e9ra historiques jusqu\u2019au rock, en passant par les groupes punk les plus \u00e9sot\u00e9riques. Il \u00e9crivait avec autant de pertinence sur Charlie Parker, AMM, Nina Simone ou Frank Zappa. \u00ab <em>I think writing about music is one of the hardest things you can do. Describing a piece of music in a way which isn&rsquo;t either clich\u00e9-ridden or merely fanciful is desperately difficult. I suppose if I have any advice to offer, it&rsquo;s the simple truth that you have to listen properly, and hard, and ask yourself what&rsquo;s going on and why &#8211; like, what are these guys doing?<\/em> \u00bb Alliant une information sans faille, des intuitions stimulantes et le sens de l\u2019image concr\u00e8te, Cook avait ce talent de saisir et restituer en peu de mots, de mani\u00e8re pr\u00e9cise et vivante, le style d\u2019un musicien, le d\u00e9veloppement organique d\u2019une \u0153uvre, le mouvement et le climat d\u2019un solo. On s\u2019en convaincra en lisant ses livres, car il trouva encore le temps d\u2019en \u00e9crire trois (did he ever sleep?), tous de grand int\u00e9r\u00eat : un excellent dictionnaire, <em>Richard Cook\u2019s Jazz Encyclopedia<\/em> (Penguin), une histoire du label Blue Note, <em>Blue Note Records: A Biography<\/em> (Justin, Charles, and Co.), et un essai sur Miles Davis, <em>It&rsquo;s About That Time: Miles Davis On and Off Record<\/em> (Atlantic Press).<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/cook02.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les propos cit\u00e9s sont extraits d\u2019un entretien avec Victor L. Schermer (<a href=\"http:\/\/www.allaboutjazz.com\/php\/review_print.php?id=371\" target=\"_blank\">AllAboutJazz<\/a>).<br \/>\n\u00c0 lire aussi, le bel article de Brian Morton, dans la revue en ligne <a href=\"http:\/\/www.pointofdeparture.org\/archives\/PoD-13\/PoD13FarCry.html\" target=\"_blank\">Point of Departure<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certaines d\u00e9p\u00eaches ne franchissent pas la Manche. C\u2019est par hasard que je viens d\u2019apprendre la mort de Richard Cook, survenue le 25 ao\u00fbt dernier (un cancer foudroyant), et \u00e7a m\u2019a flanqu\u00e9 un m\u00e9chant coup de bourdon. 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