{"id":192,"date":"2008-04-07T13:41:47","date_gmt":"2008-04-07T12:41:47","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=192"},"modified":"2011-09-09T09:46:00","modified_gmt":"2011-09-09T07:46:00","slug":"fry-and-laurie-wordsmiths","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=192","title":{"rendered":"Fry and Laurie, wordsmiths"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: right\"><em>&#8211; Well, we come now to that part of the show where I say :<br \/>\n\u00ab Well, we come now to that part of the show where I say&#8230; \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img2\/frylaurie.jpg\" align=\"left\" height=\"140\" hspace=\"10\" width=\"103\" \/>Recommand\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=178\">ici-m\u00eame<\/a> par Owen Cox, <em>A Bit of Fry and Laurie<\/em> est donc une s\u00e9rie \u00e0 sketches \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par MM. Stephen Fry et Hugh Laurie, qui fit les beaux jours de la BBC de 1989 \u00e0 1995. Comme les Monty Python, les Goodies et tant d\u2019autres, Fry et Laurie sont issus du Cambridge University Footlights Dramatic Club, qui fut <em>la<\/em> p\u00e9pini\u00e8re du comique anglais moderne \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Les ingr\u00e9dients de leur humour nous sont donc familiers : d\u00e9lire verbal extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9, parodie, satire sociale, commentaire politique et pur nonsense (\u00e0 quoi s\u2019ajoute un insistant sous-texte homosexuel). Mais le savant m\u00e9lange de ces ingr\u00e9dients leur appartient en propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Fry et Laurie jouent non seulement avec les limites de la biens\u00e9ance, mais avec celles de la repr\u00e9sentation. Beaucoup de leurs sketches s\u2019appuient sur des routines classiques, du type conversation de bureau, d\u00eener au restaurant ou vendeur et client. Mais celles-ci sont constamment pulv\u00e9ris\u00e9es \u00e0 coups de fausses fins, de t\u00e9lescopages, de mises en abyme et d\u2019effets <em>Helzapoppin<\/em>. Le spectacle franchit la rampe et envahit le parterre. L\u2019un des deux comp\u00e8res interrompt le dialogue parce qu\u2019il n\u2019appr\u00e9cie pas la tournure que prend le sketch, ou bien pour faire remarquer combien subtil est le jeu de son partenaire (lequel ne fait rien de particulier \u00e0 ce moment-l\u00e0). Un sketch d\u00e9sopilant sur la privatisation de la police (nous sommes dans les ann\u00e9es Thatcher-Major) est aussit\u00f4t comment\u00e9 par deux critiques snobs dans une sorte de version t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e du <em>Masque et la Plume<\/em>. Puis deux autres critiques, dans une autre \u00e9mission, discutent \u00e0 leur tour la performance de ces critiques, et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement du spectateur (la derni\u00e8re \u00e9mission-gigogne s\u2019intitule <em>Oh No, Not Another One<\/em>). Une autre fois, nous devenons les confidents du monologue int\u00e9rieur (sous-titr\u00e9) d\u2019une cam\u00e9ra, qui d\u00e9laisse la sc\u00e8ne pour s&rsquo;\u00e9gailler hors-champ vers les coulisses et le public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est que la parodie, chez Fry et Laurie, prend pour cible privil\u00e9gi\u00e9e, outre les tropismes de la soci\u00e9t\u00e9 de classes anglaise, la rh\u00e9torique et les dispositifs t\u00e9l\u00e9visuels. Jeux, talk-shows, soap operas, reportages sportifs, visites au domicile de personnalit\u00e9s, dramatiques historiques et s\u00e9ries d\u2019espionnage sont pass\u00e9s \u00e0 la moulinette, sans oublier les micros-trottoirs, aussi ineptes que les vrais, qui ponctuent r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019\u00e9mission. Et ce qui est tr\u00e8s fort, c\u2019est la mani\u00e8re dont le tandem joue avec l\u2019effet de <em>d\u00e9j\u00e0-vu<\/em> propre \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Tel pastiche de soap australien est dr\u00f4le non seulement en soi, mais parce qu\u2019il donne l\u2019impression d\u2019attraper au hasard, un soir de zapping, le 300<span style=\"vertical-align: 4px; font-size: 70%\">e<\/span> \u00e9pisode d\u2019une s\u00e9rie en cours : on n\u2019y comprend rien, on ne sait pas qui est ce Machin qui affirme \u00e0 Chose que Bidule couche avec la femme de Truc, mais on a d\u2019embl\u00e9e reconnu les personnages, les situations et les dialogues pour les avoir mille fois vus et entendus. Idem avec John et Peter, deux yuppies hyst\u00e9riques qu\u2019on verra successivement g\u00e9rer, \u00e0 coups de \u00ab damned \u00bb et de whisky, un gymnase, des toilettes publiques et le dioc\u00e8se d\u2019Uttoxeter (John est \u00e9v\u00eaque et Peter, vice-\u00e9v\u00eaque ex\u00e9cutif), comme si les m\u00eames personnages \u00e9taient chaque fois t\u00e9l\u00e9port\u00e9s dans un espace-temps t\u00e9l\u00e9visuel diff\u00e9rent. Mention sp\u00e9ciale enfin, parmi les autres personnages r\u00e9currents, \u00e0 Tony Murchison et Control, les deux espions neuneus, dont les dialogues de bisounours sont interpr\u00e9t\u00e9s avec une gaucherie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de patronage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cela \u00e9tant, le grand cheval de bataille de Fry et Laurie est incontestablement le <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ZFD01r6ersw\" title=\"The Subject of Language\" target=\"_blank\">langage<\/a>, \u2014 ce langage qui structure fondamentalement l\u2019<em>homo britannicus<\/em>, son habitus et sa culture (un des sports nationaux consistant \u00e0 situer tr\u00e8s exactement une personne dans l&rsquo;\u00e9chelle sociale en identifiant, d\u2019apr\u00e8s son accent, son lieu de naissance, son niveau scolaire et son appartenance de classe). La verve linguistique, la gourmandise verbale dont fait preuve le tandem \u2014 un festival de p\u00e9riphrases orn\u00e9es et de doubles n\u00e9gations, de jeux de mots, n\u00e9ologismes, dialogues de sourds, digressions st\u00e9riles, ambigu\u00eft\u00e9s et insinuations scabreuses \u2014 sont aussi jubilatoires que d\u00e9vastatrices. L\u2019humour langagier, chez Fry et Laurie, consacre le triomphe du signifiant. Des gros mots fictifs sont aussi savoureusement malsonnants que les vrais : peu importe leur signification, tout est dans la sonorit\u00e9. Il suffit de <em>d\u00e9placer<\/em> une situation de communication dans une autre pour en r\u00e9v\u00e9ler la fonci\u00e8re absurdit\u00e9. Un tournoi d&rsquo;\u00e9loquence de jeunes tories est comment\u00e9 comme le concours Reine-\u00c9lisabeth. Des agents immobiliers reconvertis dans la g\u00e9rance d\u2019une station-service s\u2019ent\u00eatent \u00e0 vendre de l\u2019essence comme des biens fonciers. Un plan drague et coucherie d\u2019un soir est n\u00e9goci\u00e9 comme un divorce par avocats interpos\u00e9s. Fry et Laurie jouent avec les mots jusqu\u2019\u00e0 les vider de leur substance, jusqu\u2019\u00e0 frapper la communication verbale d\u2019une impossibilit\u00e9 fondamentale, d\u2019un n\u00e9ant vertigineux. Ils essorent pareillement la langue de bois politique ou m\u00e9diatique et les conversations de tous les jours pour mieux nous convaincre que le m\u00e9canisme du langage fonctionne tout seul et qu\u2019\u00e0 tout moment nous sommes parl\u00e9s, qu\u2019\u00e0 la limite il est impossible de prof\u00e9rer une phrase qui ne soit pas <em>d\u00e9j\u00e0<\/em> un lieu commun \u2014 y compris celle qui \u00e9nonce que tout est lieu commun (le tandem tourne en d\u00e9rision la censure et le politiquement correct en montrant simultan\u00e9ment que certain discours anti-censure et anti-politiquement correct est tout aussi <em>conventionnel<\/em>). Et lorsque deux psychiatres dialoguent de telle mani\u00e8re qu\u2019il est impossible de d\u00e9terminer lequel est le patient de l\u2019autre, ou lorsque deux personnages engag\u00e9s dans un \u00e9change purement phatique (<em>\u2014 I know ! \u2014 Well of course you do ! \u2014 That\u2019s right ! \u2014 Still&#8230; \u2014 Mind you ! \u2014 Anyway&#8230; \u2014 I mean&#8230;<\/em>) passent insensiblement de l&rsquo;accord parfait \u00e0 la haine pure avant de retrouver l\u2019apaisement du consensus, on est en plein Ionesco, ou dans le <em>Th\u00e9\u00e2tre de chambre<\/em> de Jean Tardieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La s\u00e9rie est compos\u00e9e d\u2019un pilote et de quatre saisons. Les deux premi\u00e8res sont globalement les meilleures. Une certaine usure se fait sentir \u00e0 partir de la troisi\u00e8me, et la quatri\u00e8me est certainement la plus faible, l\u2019introduction de guest-stars \u2014 m\u00eame si elle est l\u2019occasion de moquer cette pratique en soumettant les malheureux invit\u00e9s \u00e0 un feu roulant de questions insanes \u2014 se r\u00e9v\u00e9lant une fausse bonne id\u00e9e qui plombe l\u2019\u00e9quilibre du show. Cependant, ces deux derni\u00e8res saisons comptent plusieurs des meilleurs sketches imagin\u00e9s par le tandem. C\u2019est aussi \u00e0 partir de la troisi\u00e8me saison que Fry cl\u00f4t chaque \u00e9mission en \u00e9laborant un cocktail imbuvable au nom d\u00e9lirant, tandis que Laurie interpr\u00e8te au piano le th\u00e8me jazzy du g\u00e9n\u00e9rique de fin. La s\u00e9quence est introduite par un dialogue dont la substance est immuable mais la forme chaque fois plus exag\u00e9r\u00e9ment pompeuse et p\u00e9riphrastique, et immanquablement conclue par le g\u00e9nial <em>Soupy twist<\/em> (n\u00e9ologisme fryien pour <em>Cheers<\/em>). Ajoutons pour \u00eatre complet que Laurie nous r\u00e9gale tout au long de la s\u00e9rie de num\u00e9ros musicaux parodiques absolument r\u00e9jouissants (<em>Mystery<\/em>, <em>America<\/em>, <em>Hey Jude<\/em> et <em>Sophistication Song<\/em> valent la peine d\u2019\u00eatre traqu\u00e9s sur Youtube).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" align=\"left\" \/><em>A Bit of Fry and Laurie, The Complete Collection<\/em>. Coffret BBC de cinq DVD. Sous-titres anglais.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; Well, we come now to that part of the show where I say : \u00ab Well, we come now to that part of the show where I say&#8230; \u00bb Recommand\u00e9 ici-m\u00eame par Owen Cox, A Bit of Fry and Laurie est donc une s\u00e9rie \u00e0 sketches \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par MM. 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