{"id":253,"date":"2008-11-23T12:44:36","date_gmt":"2008-11-23T10:44:36","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=253"},"modified":"2020-12-31T12:35:42","modified_gmt":"2020-12-31T10:35:42","slug":"all-that-jazz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=253","title":{"rendered":"All that jazz"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" align=\"left\" height=\"240\" hspace=\"10\" width=\"180\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img2\/cm9.jpg\" \/>La voici, la voil\u00e0, la neuvi\u00e8me \u00e9dition du <em>Penguin Guide to Jazz Recordings<\/em>, l\u2019un des livres que j\u2019aurai le plus souvent ouverts dans ma vie avec le Tavernier-Coursodon. Cette nouvelle mouture ne pouvait manquer de s\u2019ouvrir par un hommage \u00e9mu \u00e0 Richard Cook, fauch\u00e9 \u00e0 cinquante ans l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re par un cancer, une <a href=\"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=159\" title=\"LS : Richard Cook (1957-2007)\">nouvelle<\/a> qui nous avait passablement abattu. Priv\u00e9 de son comp\u00e8re et ami, Brian Morton a donc assur\u00e9 seul la mise \u00e0 jour bisannuelle de la b\u00eate, en r\u00e9ussissant le tour de force d\u2019\u00e9couter, dig\u00e9rer et commenter deux mille nouveaux disques, soit une moyenne de 2,74 disques par jour \u2014 mais comment font ces gens ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">M\u00eame apr\u00e8s douze ans de fr\u00e9quentation r\u00e9guli\u00e8re, c\u2019est toujours un bonheur de se plonger dans le <em>Penguin Guide<\/em> ; d\u2019occuper ses longues soir\u00e9es d\u2019hiver \u00e0 mettre ses listes \u00e0 jour, en pointant ses accords (c\u2019est bien vrai que le dernier Paul Motian est d\u2019un ennui soporifique) et ses d\u00e9saccords (hein, comment \u00e7a, rien que trois \u00e9toiles et une courte ligne pour le magnifique duo Fred Anderson\/ Harrison Bankhead au Vision Festival ?). Quitte \u00e0 s\u2019agacer ponctuellement de quelques erreurs v\u00e9nielles non rectifi\u00e9es d\u2019une \u00e9dition \u00e0 l\u2019autre, de certaines contradictions (<em>I Love It When You Snore<\/em> de Mats Gustafsson et Paal Nilsen-Love est ici r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 deux fois, sous le nom des deux musiciens, avec un commentaire tant\u00f4t ti\u00e8de et tant\u00f4t enthousiaste) ou, plus s\u00e9rieusement, \u00e0 s\u2019\u00e9tonner de l\u2019absence persistante de certains musiciens ou de disques couramment disponibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce qui \u00e9pate chez Cook et Morton, c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 embrasser le spectre entier du jazz avec une \u00e9gale fra\u00eecheur d\u2019\u00e9coute, depuis les New Orleans Rhythm Kings jusqu\u2019\u00e0 Evan Parker ou Peter Br\u00f6tzmann, le talent \u00e0 parler avec autant de pertinence du classique et du moderne, du mainstream et de l\u2019avant-garde. \u00c0 cette largeur de vue s\u2019ajoute la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture. Dans un domaine o\u00f9 l\u2019impressionnisme vague est trop souvent de rigueur, le tandem parvient \u00e0 rendre compte d\u2019un disque d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 la fois directe, pr\u00e9cise et empathique, dans une prose alerte et spirituelle o\u00f9 abondent les traits d\u2019humour. Les treize pages serr\u00e9es consacr\u00e9es \u00e0 Miles Davis \u2014 pour ne prendre que cet exemple \u2014 disent \u00e0 elles seules plus et mieux que bien des monographies. On sent, \u00e0 lire les auteurs, un rapport vivant, quotidien, \u00e0 la musique, o\u00f9 tout un chacun reconna\u00eetra sa propre exp\u00e9rience d\u2019auditeur, et qui les conduit notamment \u00e0 r\u00e9viser ou affiner leur jugement d\u2019une \u00e9dition \u00e0 l\u2019autre, au fil des r\u00e9\u00e9coutes ou \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9volution d\u2019un artiste. Leur indiff\u00e9rence aux sir\u00e8nes de la mode et du marketing, leur \u00e9nervement face \u00e0 l\u2019inflation des compils redondantes, aux tombereaux de chanteuses insipides lanc\u00e9es comme des savonnettes et aux repackagings luxueux qui n\u2019emballent que du vent sont des plus rafra\u00eechissants. Enfin, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres ouvrages du m\u00eame genre restent am\u00e9ricano-centr\u00e9s, celui-ci se signale par la place accord\u00e9e aux musiciens europ\u00e9ens \u2014 mais aussi asiatiques, africains, australiens\u2026 (Signalons pour info que le jazz fran\u00e7ais est nettement moins bien repr\u00e9sent\u00e9 que le jazz scandinave par exemple, ce qui est peut-\u00eatre imputable \u00e0 des probl\u00e8mes de distribution, un bon paquet de disques fran\u00e7ais peinant manifestement \u00e0 franchir la Manche.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Reste qu\u2019avec ses 1 600 pages, le <em>Penguin Guide<\/em> a fini par atteindre une masse critique. Il lui est impossible de cro\u00eetre encore en volume. Malgr\u00e9 l\u2019espace gagn\u00e9 en composant le texte sur deux colonnes, puis en diminuant le corps des caract\u00e8res et en rognant sur les marges, enfin en d\u00e9cidant depuis deux \u00e9ditions de commenter lapidairement certains disques dans une rubrique \u00ab en bref \u00bb \u00e0 la fin de l\u2019entr\u00e9e de musiciens particuli\u00e8rement prolifiques, l\u2019exhaustivit\u00e9 est devenue un objectif inatteignable. Concr\u00e8tement, cela signifie que si un nombre appr\u00e9ciable de nouveaux disques font leur entr\u00e9e \u00e0 chaque \u00e9dition, un nombre d\u2019albums tout aussi important passe au bleu (d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de conserver les \u00e9ditions pr\u00e9c\u00e9dentes et de naviguer d\u2019un volume \u00e0 l\u2019autre pour retrouver la trace de certains enregistrements : pr\u00e9voyez une grande table). L\u2019ouvrage pr\u00e9tend certes rendre compte des disques \u00ab couramment disponibles sur le march\u00e9 \u00bb. Dans les faits, cette notion de \u00ab disponibilit\u00e9 \u00bb est des plus al\u00e9atoires \u2014 compte tenu de l\u2019existence des boutiques d\u2019occasion, du d\u00e9veloppement du commerce en ligne (o\u00f9 quantit\u00e9 de disques disparaissent et r\u00e9apparaissent continuellement au petit bonheur m\u00eame apr\u00e8s qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9s officiellement \u00e9puis\u00e9s) et de l\u2019explosion des micro-labels ind\u00e9pendants pratiquant la vente directe sur la toile. Par ailleurs, le <em>Guide<\/em> m\u2019a souvent paru, d\u2019\u00e9dition en \u00e9dition, la manier avec quelque arbitraire. Pour cette fois, si l\u2019on est content du retour d\u2019Andr\u00e9 Jaume et de Daunik Lazro, et enchant\u00e9 de l\u2019inclusion m\u00e9rit\u00e9e de Dorothy Dandridge et de la d\u00e9licieuse Blossom Dearie (il \u00e9tait temps), on s\u2019\u00e9tonne entre autres de l\u2019\u00e9viction de l\u2019excellent Atomic, groupe free-bop su\u00e9dois en plein essor, dont les disques sont convenablement distribu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il y aurait encore bien des remarques d\u2019ordres divers \u00e0 formuler, mais cet article est d\u00e9j\u00e0 trop long et ce sont l\u00e0 les pinaillages d\u2019un vieil usager. Les m\u00e9rites de l\u2019ouvrage surclassent de loin ses lacunes, le <em>Penguin Guide<\/em> reste une somme sans concurrent s\u00e9rieux dans sa cat\u00e9gorie, et avec ses 14 000 CD r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s, il y a l\u00e0 plus que la plupart des jazzophiles m\u00eame enrag\u00e9s pourront ou souhaiteront \u00e9couter dans l\u2019espace d\u2019une vie. Au n\u00e9ophyte qui ne saurait trop par o\u00f9 commencer, il rendra des services inappr\u00e9ciables en l\u2019aidant \u00e0 s\u2019orienter dans le maquis des nouveaut\u00e9s et des r\u00e9\u00e9ditions. Quant \u00e0 l\u2019amateur plus aguerri, il croisera au fil des pages des dizaines de musiciens dont il n\u2019a jamais entendu parler, et qu\u2019il aura envie de d\u00e9couvrir s\u00e9ance tenante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" align=\"left\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Richard COOK &amp; Brian MORTON, <em>The Penguin Guide to Jazz Recordings<\/em>, Ninth Edition. Penguin, 2008, 1 646 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On peut lire les chroniques de Richard Cook pour <em>New Statesman<\/em> <a href=\"http:\/\/www.newstatesman.com\/writers\/richard_cook\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<br \/>\nBrian Morton tient une chronique dans l\u2019excellente revue en ligne <a href=\"http:\/\/www.pointofdeparture.org\">Point of Departure<\/a>, \u00e0 laquelle il donne \u00e9galement des recensions de disques. Il est aussi l\u2019auteur d\u2019un livre sur la musique contemporaine que j\u2019ai commenc\u00e9 seulement d\u2019\u00e9plucher, <em>The Blackwell Guide to Recorded Contemporary Music<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La voici, la voil\u00e0, la neuvi\u00e8me \u00e9dition du Penguin Guide to Jazz Recordings, l\u2019un des livres que j\u2019aurai le plus souvent ouverts dans ma vie avec le Tavernier-Coursodon. 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