{"id":389,"date":"2010-06-13T21:04:27","date_gmt":"2010-06-13T19:04:27","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=389"},"modified":"2010-12-08T18:43:58","modified_gmt":"2010-12-08T16:43:58","slug":"un-des-noms-de-lattention","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=389","title":{"rendered":"Un des noms de l&rsquo;attention"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img6\/jp01.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img6\/jp02.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9dition originale (Minuit, 1951), acquise au <a href=\"http:\/\/leportdetete.blogspot.com\/\" target=\"_blank\">Port de t\u00eate<\/a> pour une dizaine d\u2019euros. Paulhan a pass\u00e9 sa vie \u00e0 semer des bombes \u00e0 retardement, sous la forme de textes brefs, intempestifs, d\u2019apparence limpide, et dont le sens pourtant myst\u00e9rieusement se d\u00e9robe au moment o\u00f9 l\u2019on croit s\u2019en saisir. On avance en confiance, berc\u00e9 par le ton aimable et mod\u00e9r\u00e9, les h\u00e9sitations et les repentirs feints d\u2019un causeur de bonne compagnie ; on ne voit rien venir et puis c\u2019est trop tard : ce diable d\u2019homme a retourn\u00e9 quelques v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res comme des gants et vous a tir\u00e9 le tapis de sous les pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ironie est sa seconde nature. Dans <em>Petite Pr\u00e9face \u00e0 toute critique<\/em>, elle s\u2019insinue d\u00e8s l\u2019avant-propos, qui annonce \u00ab trois excuses \u00e0 ce livre \u00bb, mais n\u2019en formule que deux. (Fausse distraction : la troisi\u00e8me surviendra quelques chapitres plus loin.) En une centaine de pages, Paulhan se collette une fois encore avec son cher sujet, celui qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 de triturer en l\u2019envisageant chaque fois sous un angle diff\u00e9rent, de <em>Jacob Cow le pirate<\/em> aux <em>Fleurs de Tarbes<\/em> : les \u00e9quivoques du langage, le rapport probl\u00e9matique du mot et de l\u2019id\u00e9e, du signe et de la chose signifi\u00e9e. Il le fait \u00e0 sa mani\u00e8re sinueuse mais s\u00fbre, comme un chat matois qui fait patte de velours \u2014 mais la griffe est au bout. (Sartre en fait notablement les frais.)<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] Car le po\u00e8te ou le prosateur ne compose pas son \u0153uvre sans se r\u00e9gler sur certains choix ou pr\u00e9f\u00e9rences, qui forment \u00e0 la longue la raison et comme l\u2019armature secr\u00e8te du po\u00e8me ou du roman. Tant\u00f4t les choix sont pr\u00e9par\u00e9s de longue date, et tant\u00f4t subits. Mais que ce soit en dix ans ou en deux heures, la grande part du travail d\u2019un auteur se passe en repentirs et retours, corrections, v\u00e9rifications, retouches. D\u2019un mot, en critiques \u2014 ai-je dit secr\u00e8tes ? Elles ne le sont gu\u00e8re en tout cas de nos jours, o\u00f9 l\u2019on ne trouve point de cr\u00e9ation qui ne se double d\u2019un syst\u00e8me critique. Observez plut\u00f4t Val\u00e9ry, Proust, Gide, Claudel, Joyce, Breton, Sartre, et les autres : une bonne moiti\u00e9 de leur \u0153uvre se d\u00e9pense \u00e0 prouver qu\u2019ils ont eu raison d\u2019\u00e9crire l\u2019autre moiti\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">[\u2026] Or nous n\u2019arr\u00eatons gu\u00e8re plus haut d\u2019\u00e9valuer les opinions, les propos, les \u00e9v\u00e9nements m\u00eames, qui viennent \u00e0 notre port\u00e9e \u2014 et les hommes du m\u00eame coup. Qui prononce sur la question sociale et la situation politique, ou d\u00e9cide seulement si le fond de l\u2019air est chaud ou froid, fait de la critique, comme il fait de la prose, sans le savoir. Ce qu\u2019on appelle <em>penser<\/em>, c\u2019est \u00e0 tout moment choisir, jauger, distinguer le vrai du faux et le valable du m\u00e9diocre. <em>Critique<\/em> est l\u2019un des noms de l\u2019attention.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dition originale (Minuit, 1951), acquise au Port de t\u00eate pour une dizaine d\u2019euros. Paulhan a pass\u00e9 sa vie \u00e0 semer des bombes \u00e0 retardement, sous la forme de textes brefs, intempestifs, d\u2019apparence limpide, et dont le sens pourtant myst\u00e9rieusement se d\u00e9robe au moment o\u00f9 l\u2019on croit s\u2019en saisir. 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