{"id":410,"date":"2010-08-09T21:03:42","date_gmt":"2010-08-09T19:03:42","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=410"},"modified":"2014-07-31T11:47:14","modified_gmt":"2014-07-31T09:47:14","slug":"resurrection-de-sherlock-holmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=410","title":{"rendered":"R\u00e9surrection de Sherlock Holmes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img6\/sherlock.jpg\" height=\"281\" width=\"500\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour trouver un Sherlock Holmes revivifi\u00e9, on oubliera le film p\u00e9nible de Guy Ritchie et l\u2019on se tournera plus s\u00fbrement vers <em>Sherlock<\/em>, mini-s\u00e9rie de trois \u00e9pisodes dont la diffusion s\u2019est conclue hier soir sur la BBC. L\u2019id\u00e9e de transposer les aventures de Holmes et du fid\u00e8le Watson \u00e0 notre \u00e9poque pouvait laisser craindre le pire, et la bande-annonce speed\u00e9e n&rsquo;avait rien de bien rassurant. Cependant, le pari a \u00e9t\u00e9 emport\u00e9 haut la main par les sc\u00e9naristes Mark Gatiss et Steven Moffat, avec un dosage parfait de s\u00e9rieux et d\u2019humour. Il n\u2019y a pas de secret : non seulement les deux comp\u00e8res savent construire des intrigues convenablement enchev\u00eatr\u00e9es et les mener \u00e0 vive allure, mais il est manifeste qu\u2019ils poss\u00e8dent le corpus holmesien sur le bout des doigts. Cette connaissance intime du \u00ab canon \u00bb leur a permis de moderniser \u2014 et de jouer avec \u2014 l\u2019univers et les personnages de Conan Doyle sans les d\u00e9naturer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Transplant\u00e9s dans le monde de 2010, Holmes et Watson ont beau s\u2019y trouver pourvus de tous les attributs techniques modernes \u2014 du t\u00e9l\u00e9phone cellulaire \u00e0 l\u2019ordinateur portable \u2014, ils demeurent tels qu\u2019en eux-m\u00eames, et la dynamique de leur relation est bien restitu\u00e9e au fil d\u2019un dialogue vif et souvent dr\u00f4le. Watson a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 comme il se doit lors d\u2019un conflit arm\u00e9 en Afghanistan (mais il ne s\u2019agit plus du m\u00eame), tandis que Holmes taquine encore le violon. L\u2019impossibilit\u00e9, aujourd\u2019hui, de montrer un h\u00e9ros fumer \u00e0 l\u2019\u00e9cran l\u2019a certes oblig\u00e9 \u00e0 renoncer \u00e0 la stimulation du tabac, mais si l\u2019on redoute un moment une aseptisation du personnage, on a plaisir \u00e0 voir les sc\u00e9naristes tourner en d\u00e9rision cette nouvelle convention sanitaire (les patchs de nicotine donnent lieu \u00e0 un gag excellent). De m\u00eame, le soup\u00e7on d&rsquo;homosexualit\u00e9 que certains ex\u00e9g\u00e8tes ont fait planer sur le tandem donne lieu \u00e0 d&rsquo;amusants quiproquos ironiques. Seule touche vintage, l\u2019appartement vieillot de Baker Street, n\u2019\u00e9tait la pr\u00e9sence de la t\u00e9l\u00e9 et du r\u00e9frig\u00e9rateur, para\u00eet une derni\u00e8re survivance, curieusement pr\u00e9serv\u00e9e, de l\u2019\u00e8re victorienne. Ses tons verts et marron pass\u00e9s offrent un net contraste avec les tons bleus et glac\u00e9s du Londres ultra-contemporain, tout en surfaces lisses et froides, o\u00f9 prennent place les enqu\u00eates (belle photo de Steve Lawes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au sein de cet univers high-tech, Moffat et Gatiss parviennent \u00e0 inventer un gothique moderne, sur lequel plane m\u00eame l\u2019ombre du Golem. Tout en se pr\u00e9sentant comme des histoires originales, les intrigues d\u00e9marquent, r\u00e9am\u00e9nagent, d\u00e9placent ou remod\u00e8lent habilement les r\u00e9cits (ou des \u00e9l\u00e9ments des r\u00e9cits) originaux de Doyle, en tissant au passage dans leur trame un r\u00e9seau d\u2019allusions si fines qu\u2019elles r\u00e9jouiront le holmesien aguerri sans pour autant g\u00eaner le profane, qui ne se sentira nullement exclu du jeu. Le texte se rappelle aussi \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une autre mani\u00e8re, sous forme de surimpressions ponctuelles : textos envoy\u00e9s et re\u00e7us, menus de Smartphone, recherches sur le net ou, plus int\u00e9ressant, succession de mots cl\u00e9s illustrant le processus mental de la d\u00e9duction chez Holmes. Ce proc\u00e9d\u00e9, au bord du gimmick, est employ\u00e9 sans exc\u00e8s et se fond harmonieusement dans la r\u00e9alisation moderniste de Paul McGuigan et Euros Lyn.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Face \u00e0 un Martin Freeman parfait en Watson, Benedict Cumberbatch campe un Holmes idoine : p\u00e9remptoire, juv\u00e9nile (mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019<em>Une \u00e9tude en rouge<\/em>, le h\u00e9ros de Doyle \u00e9tait plus jeune que la plupart des adaptations cin\u00e9matographiques l\u2019ont laiss\u00e9 croire), obsessionnel, quasi autiste, souvent exasp\u00e9rant, et sujet \u00e0 des acc\u00e8s d\u2019ennui majuscule lorsque sa mati\u00e8re grise n\u2019est pas stimul\u00e9e par une affaire hors normes. Longiligne et t\u00e9n\u00e9breux, sangl\u00e9 dans un long manteau noir, il s\u2019impose d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 comme un des meilleurs interpr\u00e8tes du r\u00f4le : beaucoup de charisme, et une superbe voix sourde qui fait penser \u00e0 celle du cher Alan Rickman. Le <em>cliffhanger <\/em>sur lequel s\u2019ach\u00e8ve le dernier \u00e9pisode (une piscine publique rempla\u00e7ant les chutes du Reichenbach !) laisse augurer une deuxi\u00e8me saison. Sortie du DVD le 30 ao\u00fbt. N\u2019attendons pas de sous-titres fran\u00e7ais, mais esp\u00e9rons qu\u2019il y aura des sous-titres anglais pour malentendants. Le dialogue est rapide et dense, et le secours du t\u00e9l\u00e9texte fut pr\u00e9cieux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour trouver un Sherlock Holmes revivifi\u00e9, on oubliera le film p\u00e9nible de Guy Ritchie et l\u2019on se tournera plus s\u00fbrement vers Sherlock, mini-s\u00e9rie de trois \u00e9pisodes dont la diffusion s\u2019est conclue hier soir sur la BBC. 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