{"id":57,"date":"2006-05-30T12:08:35","date_gmt":"2006-05-30T12:08:35","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=57"},"modified":"2008-10-07T16:09:03","modified_gmt":"2008-10-07T14:09:03","slug":"westlake-tir-groupe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=57","title":{"rendered":"Westlake, tir group\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/dw01.jpg\" align=\"left\" hspace=\"10\" \/>Selon qu&rsquo;on est partisan du verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein, on dira que les deux derniers Donald Westlake traduits sont des demi-r\u00e9ussites ou des demi-\u00e9checs. Talent prot\u00e9iforme (songer que le m\u00eame homme a \u00e9crit <em>Ordo<\/em>, <em>Levine<\/em>, <em>le Couperet<\/em> et <em>Adios Sch\u00e9h\u00e9razade<\/em> laisse r\u00eaveur), Westlake est un narrateur si chevronn\u00e9 qu&rsquo;il est presque impossible de s&rsquo;ennuyer en sa compagnie. L&rsquo;un des grands plaisirs qu&rsquo;on retire \u00e0 la lecture de ses meilleurs livres (comme \u00e0 la vision d&rsquo;un film de Lubitsch, avec lequel il n&rsquo;a, autrement, rien \u00e0 voir) est m\u00eame celui de voir <em>fonctionner<\/em> un r\u00e9cit : disposition des pions sur l&rsquo;\u00e9chiquier, tressage des fils, chutes, ellipses, montage parall\u00e8le, pi\u00e8ges \u00e0 retardement, etc. Aussi bien, <em>Motus et bouche cousue<\/em> et <em>les Sentiers du d\u00e9sastre<\/em> sont d&rsquo;une lecture plaisante et m\u00e9nagent (le second, surtout) mainte occasion de sourire, et m\u00eame de francs \u00e9clats de rire. Et cependant, tous deux laissent, \u00e0 la fin, sur sa faim.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Motus et bouche cousue<\/em> met en sc\u00e8ne un petit braqueur que deux cadres politiques tirent de prison, sous condition qu&rsquo;il d\u00e9robe une cassette vid\u00e9o compromettante pour le pr\u00e9sident en exercice, laquelle servira d&rsquo;arme de chantage dans la prochaine campagne \u00e9lectorale. Frank Meehan est une sorte de compos\u00e9 des deux h\u00e9ros r\u00e9currents de Westlake, Dortmunder et Parker. Comme le premier, c&rsquo;est un guignard pas possible. Comme le second, c&rsquo;est un professionnel du casse (mais sans la brutalit\u00e9 de Parker), qui d\u00e9teste travailler avec des amateurs et a horreur de perdre son temps. (Le texte anglais rend bien, dans son \u00e9criture m\u00eame, le caract\u00e8re du personnage : les phrases ont un c\u00f4t\u00e9 cassant, agac\u00e9, comme impatient d&rsquo;en finir, qui s&rsquo;est perdu dans la traduction.) Cet alliage a priori int\u00e9ressant ne tient malheureusement pas ses promesses. Les deux registres se contrecarrent au lieu de s&rsquo;\u00e9pauler, si bien que le livre semble assis entre deux chaises. La satire des coulisses du monde politique est trop l\u00e9g\u00e8re pour pr\u00eater \u00e0 cons\u00e9quence, mais en m\u00eame temps pas assez h\u00e9naurme pour \u00eatre jubilatoire. Les deux terroristes d&rsquo;op\u00e9rette, qui ne d\u00e9pareraient pas une aventure de Dortmunder (on en retrouve d&rsquo;ailleurs une paire semblable dans <em>Pourquoi moi ?<\/em> cf. plus bas), sont trop manifestement incomp\u00e9tents pour r\u00e9ellement inqui\u00e9ter ; or Westlake tente de construire un suspense <span style=\"font-size: 12pt\">\u00ab<\/span> s\u00e9rieux <span style=\"font-size: 12pt\">\u00bb<\/span> sur leur intervention intempestive, etc. Plus grave, le livre p\u00e2tit d&rsquo;une construction d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e. Les pr\u00e9paratifs du coup, narr\u00e9s avec un luxe savoureux de d\u00e9tails et de circonvolutions, occupent les quatre cinqui\u00e8mes du volume, apr\u00e8s quoi son ex\u00e9cution et le d\u00e9nouement sont trop rapidement exp\u00e9di\u00e9s. Le souffl\u00e9, patiemment cuisin\u00e9, retombe brutalement \u00e0 plat et nous laisse sur une impression mitig\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Plus r\u00e9ussi, <em>les Sentiers du d\u00e9sastre<\/em> souffre du m\u00eame syndrome du p\u00e9tard mouill\u00e9. L&rsquo;intrigue repose sur le principe \u00e9prouv\u00e9 du jeu de dominos, qu&rsquo;on pourrait r\u00e9sumer par une phrase du cher <a href=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=21\" title=\"john-crosby\">John Crosby<\/a> : \u00ab <em>Chacun avait son plan, soit quatre plans au total, qui avaient des r\u00e9percussions mutuelles et, \u00e0 partir de cet instant, tous les quatre commenc\u00e8rent \u00e0 foirer.<\/em> \u00bb Autour de la fortune de Monroe Hall, affreux b\u00e9b\u00e9 g\u00e2t\u00e9 de milliardaire universellement ha\u00ef, et assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 la suite d&rsquo;un scandale financier de type Enron, gravitent d&rsquo;une part l&rsquo;ineffable Dortmunder et sa bande habituelle, qui veulent mettre la main sur sa collection de voitures anciennes, et d&rsquo;autre part les actionnaires qu&rsquo;il a plum\u00e9s et les ouvriers qu&rsquo;il a priv\u00e9s de pension, \u00e9galement assoiff\u00e9s de vengeance. Le livre captive par sa mise en place extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9e, qui fait se croiser avec une maestria consomm\u00e9e une bonne quinzaine de personnages, tous portraitur\u00e9s de r\u00e9jouissante mani\u00e8re. Sauf qu&rsquo;apr\u00e8s avoir, en savant horloger, assembl\u00e9 sous nos yeux une m\u00e9canique de haute pr\u00e9cision et en avoir tendu le ressort, Westlake n\u00e9glige d&rsquo;en exploiter les possibilit\u00e9s et b\u00e2cle le d\u00e9nouement, comme s&rsquo;il \u00e9tait soudain press\u00e9 d&rsquo;en finir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/dw02.jpg\" align=\"right\" hspace=\"10\" \/>L&rsquo;amateur se rabattra donc sur l&rsquo;excellent <em>Pourquoi moi ?<\/em>, qui repara\u00eet en poche dans une traduction int\u00e9grale. J&rsquo;ai relu avec plaisir ce polar alerte qui compte parmi les meilleurs Dortmunder. Plusieurs romans de Westlake reposent sur l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un coup aussi \u00e9norme qu&rsquo;improbable : voler une banque (pas son contenu : le b\u00e2timent entier), d\u00e9rober un convoi de caf\u00e9 au coeur de l&rsquo;Ouganda (pas seulement la pr\u00e9cieuse marchandise : le train au complet), etc. Le postulat est ici invers\u00e9 : il s&rsquo;agit en effet pour Dortmunder de se d\u00e9barrasser d&rsquo;un butin encombrant, beaucoup trop lourd pour ses \u00e9paules vo\u00fbt\u00e9es d&rsquo;artisan malchanceux de la cambriole, et qui le transforme malgr\u00e9 lui en ennemi public no 1, pourchass\u00e9 par la p\u00e8gre, la police, le FBI et divers services secrets \u00e9trangers. Comme tous les bons Westlake, celui-ci r\u00e9gale autant par l&rsquo;intrigue rondement men\u00e9e que par ses \u00e0-c\u00f4t\u00e9s, les remarques incidentes, le regard sardonique sur les travers et tracas du monde moderne. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 travers la saga de Dortmunder on peut retracer l&rsquo;histoire r\u00e9cente de la communication et de ses rat\u00e9s. Dans <em>Pourquoi moi ?<\/em>, c&rsquo;est l&rsquo;arriv\u00e9e des r\u00e9pondeurs automatiques et de divers gadgets t\u00e9l\u00e9phoniques. Kelp, toujours \u00e0 la pointe de la nouveaut\u00e9, en raffole \u00e9videmment, tandis que Dortmunder y est violemment allergique, et \u00e7a nous vaut d&rsquo;hilarants dialogues de sourds. Dans <em>D\u00e9g\u00e2ts des eaux<\/em>, ce sera le fax et l&rsquo;ordinateur personnel (dialogues tordants avec sa machine d&rsquo;un nerd qui prend la r\u00e9alit\u00e9 pour un jeu vid\u00e9o). Et enfin dans <em>Au pire, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on risque<\/em>, l&rsquo;irruption d&rsquo;internet &#8211; qui permet de suivre \u00e0 la trace l&rsquo;inf\u00e2me Max Fairbanks &#8211; et des t\u00e9l\u00e9phones portables, auxquels Dortmunder voue une haine sans limites, ce qui ach\u00e8ve de nous le rendre \u00e9minemment sympathique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" align=\"left\" \/>Donald WESTLAKE, <em>Motus et bouche cousue<\/em> (<em>Put A Lid On It<\/em>). Traduction de Doug Headline. Rivages Thriller, 2005, 233 p.<br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/spacer.gif\" align=\"left\" \/><em>Les Sentiers du d\u00e9sastre<\/em> (<em>The Road to Ruin<\/em>). Traduction de Jean Esch. Rivages Thriller, 2006, 296 p. <img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/spacer.gif\" align=\"left\" \/><em><br \/>\nPourquoi moi ?<\/em> (<em>Why Me?<\/em>). Traduction de Sophie Mayoux r\u00e9vis\u00e9e et compl\u00e9t\u00e9e par Patricia Christian. Rivages\/Noir, 2006, 313 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon qu&rsquo;on est partisan du verre \u00e0 moiti\u00e9 vide ou \u00e0 moiti\u00e9 plein, on dira que les deux derniers Donald Westlake traduits sont des demi-r\u00e9ussites ou des demi-\u00e9checs. 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