{"id":571,"date":"2012-08-23T23:55:45","date_gmt":"2012-08-23T21:55:45","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=571"},"modified":"2025-10-27T11:19:12","modified_gmt":"2025-10-27T09:19:12","slug":"les-chambres-dalain-cavalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=571","title":{"rendered":"Les chambres d&rsquo;Alain Cavalier"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr01.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr02.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr03.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr04.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr05.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacr06.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<span class=\"note\"><em>La Rencontre<\/em> (1996)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf01.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf02.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf03.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf04.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf05.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf06.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf07.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf08.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf09.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf10.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf11.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/>  <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"..\/img9\/cacf12.jpg\" height=\"184\" width=\"245\" \/><br \/>\n<span class=\"note\"><em>Le Filmeur<\/em> (2005)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>La Rencontre<\/em> (1996)&nbsp;: chronique d\u2019un amour naissant, film\u00e9e au jour le jour durant un an. <em>Le Filmeur<\/em> (2005)&nbsp;: floril\u00e8ge tir\u00e9 de douze ans de journal film\u00e9. Parmi les motifs qui circulent de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre film, on a \u00e9lu celui des chambres pour des raisons d\u2019affinit\u00e9s personnelles. On aurait pu en choisir bien d\u2019autres. Les animaux: chiens, chats, oiseaux qu\u2019on nourrit quotidiennement. Les voyages en train. Les fragments du corps humain. Les objets de tous les jours (cl\u00e9s, lunettes, chaussures), les fruits et les l\u00e9gumes, film\u00e9s \u00e0 la fois dans leur \u00eatre-l\u00e0, leur pr\u00e9sence irr\u00e9futable, et pour leur pouvoir m\u00e9taphorique (une poire bien galb\u00e9e, c\u2019est un dos de femme&nbsp;; un melon, c\u2019est un ventre ; deux montres ou deux petits cailloux, c\u2019est un couple amoureux). Les salles de bains d\u2019h\u00f4tels et les toilettes de bistrots, objets de commentaires pince-sans-rire \u2014 car l\u2019homme qui filme est aussi un homme qui parle, qui parle en filmant, et sa voix douce au grain inimitable, \u00e0 la fois in et off, ses propos d\u2019une acuit\u00e9 non d\u00e9nu\u00e9e d\u2019humour comptent pour beaucoup dans la complicit\u00e9 qui se noue avec le spectateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vous connaissez le parcours singulier d\u2019Alain Cavalier. Comment il s\u2019est progressivement d\u00e9sencombr\u00e9 de la lourde machinerie du cin\u00e9matographe : sc\u00e9narisation, qu\u00eate harassante d\u2019un financement, vedettes, \u00e9quipe de tournage. Comment l\u2019av\u00e8nement des cam\u00e9ras num\u00e9riques, au milieu des ann\u00e9es 1990, repr\u00e9senta pour lui un moment-charni\u00e8re qui permit \u00e0 son cin\u00e9ma de pleinement s\u2019accomplir, en rendant tout d\u2019un coup possible la r\u00e9alisation d\u2019un vieux r\u00eave : interposer le moins de filtres, le moins de distance possible entre le d\u00e9sir et l\u2019acte de filmer. La petite cam\u00e9ra qu\u2019on emporte partout avec soi permet cela&nbsp;: le cin\u00e9ma envisag\u00e9 comme une pratique quotidienne, comme la musique pour un instrumentiste, la rapidit\u00e9 d\u2019ex\u00e9cution, une proximit\u00e9, une intimit\u00e9 imm\u00e9diate entre le filmeur et ce qu\u2019il filme (puis entre le film et son spectateur). Elle se fait quasiment prolongement de son corps, au m\u00eame titre que sa main qui entre dans le champ pour nous pr\u00e9senter tel objet. Le regard du cin\u00e9aste devient en quelque sorte un regard tactile, un regard qui touche le r\u00e9el autant qu\u2019il le voit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u2019est ainsi que le journal film\u00e9 a pris tout naturellement chez Cavalier le relais du journal \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai mis longtemps \u00e0 savoir une chose simple, dit-il dans <em>le Filmeur<\/em>. C\u2019est que je ne supporte pas que ce que j\u2019ai vu de touchant, ou de dr\u00f4le, disparaisse. Alors, avant, je notais tout, hein [plan sur ses cahiers qu\u2019il feuillette] ; et puis, maintenant, je filme.&nbsp;\u00bb Instants fugaces vol\u00e9s au quotidien avec une science du cadre imparable, capture de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, chronique d\u2019une vie de couple, curiosit\u00e9 toujours en \u00e9veil pour le monde et les gens, \u00e9piphanies minuscules (ce plan, tr\u00e8s simple et tr\u00e8s beau, d\u2019une ombre qui s\u2019efface sur le mur quand passe un nuage)&nbsp;: la saisie de ces petits bonheurs de l\u2019infra-ordinaire prend par moments une allure obsessionnelle (dans une sc\u00e8ne du <em>Filmeur<\/em>, la compagne de Cavalier, r\u00e9veill\u00e9e en sursaut par un cauchemar, d\u00e9couvre qu\u2019il la filmait dans son sommeil. \u00ab&nbsp;Tu m\u2019as fait peur&nbsp;! Arr\u00eate&nbsp;!&nbsp;\u00bb Cavalier a choisi loyalement de montrer ce moment). Elle a aussi son revers d\u2019angoisse&nbsp;: hantise du vieillissement, de la d\u00e9ch\u00e9ance in\u00e9luctable des corps, de la disparition de toute chose, de la mort, qui se traduit par des plans r\u00e9currents de fruits en d\u00e9composition, de cadavres d\u2019animaux. Cette hantise culmine dans la frontalit\u00e9 inconfortable avec laquelle Cavalier se mesure \u00e0 l\u2019infilmable&nbsp;: le corps de son p\u00e8re sur son lit de mort \u2014 plans quasiment insoutenables \u2014, son propre visage provisoirement d\u00e9figur\u00e9 par trois op\u00e9rations au nez (\u00ab&nbsp;Dr Jekyll\u2026 et Mr Hyde&nbsp;\u00bb, commente-t-il dr\u00f4lement en pr\u00e9sentant successivement \u00e0 la cam\u00e9ra son \u00ab&nbsp;beau profil&nbsp;\u00bb et son profil tum\u00e9fi\u00e9, coutur\u00e9 de points de suture). Montrer l\u2019immontrable, c\u2019est la \u00ab&nbsp;corne de taureau&nbsp;\u00bb (pour parler comme Leiris) du cin\u00e9ma de Cavalier, sa part de risque, ce par quoi son projet engage quelque chose de radical, mais d\u2019une radicalit\u00e9 calme, d\u00e9nu\u00e9e de pose et d&rsquo;effets de manche. Ce qui fait que le jeu vaut la chandelle et que l\u2019exp\u00e9rience du filmeur, aussi intime soit-elle, devient communicable \u00e0 autrui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img9\/cac0.jpg\" align=\"left\" height=\"114\" hspace=\"10\" width=\"80\" \/><em>La Rencontre <\/em>et <em>le Filmeur<\/em> sont disponibles dans un coffret DVD \u00e9dit\u00e9 par Pyramide, <em>Int\u00e9grale autobiographique d\u2019Alain Cavalier<\/em>. On y trouvera aussi <em>Ce r\u00e9pondeur ne prend pas de message<\/em> (1978), qui est sans doute le film le plus extr\u00eame qu\u2019on ait jamais tourn\u00e9 sur la d\u00e9pression. Argument&nbsp;: \u00e0 la suite d\u2019un drame personnel, un homme (Cavalier), la t\u00eate enti\u00e8rement band\u00e9e comme l\u2019homme invisible, se claquemure dans son appartement qu\u2019il entreprend, avec une sorte de rage m\u00e9thodique, de repeindre enti\u00e8rement en noir. Il termine par les carreaux des fen\u00eatres, qu\u2019il recouvre de peinture noire \u00e9galement. Le noir envahit tout ; fin du film. C\u2019est tr\u00e8s oppressant, et en m\u00eame temps curieusement lib\u00e9rateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 cet ensemble, il faudrait sans doute ajouter <em>Ir\u00e8ne<\/em> que je n&rsquo;ai pas encore vu, et la belle <em>Lettre d\u2019un cin\u00e9aste<\/em>, disponible sur l\u2019excellent coffret anthologique de l\u2019\u00e9mission <em>Cin\u00e9ma, cin\u00e9mas<\/em> \u00e9dit\u00e9 par l\u2019INA.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Rencontre (1996) Le Filmeur (2005) La Rencontre (1996)&nbsp;: chronique d\u2019un amour naissant, film\u00e9e au jour le jour durant un an. Le Filmeur (2005)&nbsp;: floril\u00e8ge tir\u00e9 de douze ans de journal film\u00e9. Parmi les motifs qui circulent de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre film, on a \u00e9lu celui des chambres pour des raisons d\u2019affinit\u00e9s personnelles. 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