{"id":586,"date":"2012-10-25T15:36:46","date_gmt":"2012-10-25T13:36:46","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=586"},"modified":"2025-02-02T19:51:57","modified_gmt":"2025-02-02T17:51:57","slug":"les-historiens-dart-vont-au-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=586","title":{"rendered":"Les historiens d&rsquo;art vont au cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Il est toujours int\u00e9ressant, le regard de l\u2019historien d\u2019art sur le septi\u00e8me art, sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir des connexions entre peinture et cin\u00e9ma, de mettre au jour des continuit\u00e9s souterraines l\u00e0 o\u00f9 le discours critique privil\u00e9gie souvent les ruptures. L\u2019extrait, ci-dessous, d\u2019un essai de Federico Zeri que je me promettais depuis longtemps de lire en donne un bon exemple. Mais je songe aussi au passionnant essai pr\u00e9curseur de Panofsky, \u00ab Style et mati\u00e8re du septi\u00e8me art \u00bb (1936 ; version augment\u00e9e en 1947).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En un temps o\u00f9 le cin\u00e9ma \u00e9tait encore, pour bien des intellectuels, ce \u00ab&nbsp;divertissement d\u2019ilote&nbsp;\u00bb que fustigeait Georges Duhamel, il est exceptionnel de voir un \u00e9rudit d\u2019une telle trempe traiter le sujet avec une intelligence et une comp\u00e9tence qui sentent la fr\u00e9quentation assidue des salles obscures par un spectateur ne boudant pas son plaisir. Non seulement place-t-il avec vingt ans d&rsquo;avance Buster Keaton sur le m\u00eame pied qu\u2019Eisenstein, mais il fait l\u2019\u00e9loge des Marx Brothers, de Betty Boop et du slapstick, adopte d\u2019embl\u00e9e le cin\u00e9ma parlant (position l\u00e0 encore novatrice en son temps, y compris dans le cercle des cin\u00e9philes qui voyaient dans l\u2019arriv\u00e9e du parlant une d\u00e9cadence, un ab\u00e2tardissement de la \u00ab puret\u00e9 \u00bb du muet) et d\u00e9fend \u2014 \u00e0 l\u2019inverse des philosophes de l\u2019\u00e9cole de Francfort \u2014 la nature commerciale du cin\u00e9ma, en rappelant qu\u2019elle fut la r\u00e8gle plut\u00f4t que l\u2019exception dans l\u2019histoire de l\u2019art. Au passage, cet aphorisme savoureux : \u00ab S\u2019il est vrai que l\u2019art commercial court toujours le risque de se retrouver sur le trottoir, il est \u00e9galement vrai que l\u2019art non commercial court toujours le risque de finir vieille fille. \u00bb En bon iconologue, Panofsky est naturellement attentif au primat de la mise en sc\u00e8ne (composition des plans, ordonnancement de l\u2019espace) et propose au passage des rapprochements inattendus, par exemple lorsqu\u2019il convoque les gravures de D\u00fcrer pour \u00e9clairer la relation organique entre le jeu des com\u00e9diens et le proc\u00e9d\u00e9 cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Style et mati\u00e8re du septi\u00e8me art \u00bb a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en fran\u00e7ais dans <em>Cin\u00e9ma : th\u00e9orie, lecture<\/em> (coord. Dominique Noguez, Klincksieck, 1973) et dans <em>Trois Essais sur le style<\/em> (Le Promeneur, 1996), o\u00f9 il voisine avec deux essais tout aussi remarquables, \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que le baroque ? \u00bb et \u00ab les Ant\u00e9c\u00e9dents id\u00e9ologiques de la calendre Rolls Royce \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La description de l\u2019Italie et des Italiens selon des crit\u00e8res objectifs n\u2019a pas disparu toutefois ; son lieu d\u2019expression n\u2019est plus la peinture, mais le cin\u00e9ma, le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre ayant suivi un processus dont il est encore difficile de cerner les \u00e9tapes. Les aspects essentiels de ce qu\u2019on a appel\u00e9 le n\u00e9or\u00e9alisme au cin\u00e9ma sont d\u00e9finis dans <em>les Amants diaboliques<\/em> de Luchino Visconti (1942), plus encore que dans <em>La terre tremble<\/em> (1948). Dans cet arch\u00e9type, le r\u00e9pertoire des personnages, des cadrages, des choix topographiques et des plans, plonge ses racines dans un riche humus de culture figurative, o\u00f9 la France film\u00e9e par Jean Renoir et peinte par les impressionnistes et les post-impressionistes se m\u00eale \u00e0 l\u2019Italie des peintres naturalistes du XIX<span style=\"vertical-align: 4px; font-size: 70%;\">e<\/span> si\u00e8cle. Toutefois, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une enqu\u00eate qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par la critique d\u2019art&nbsp;; et l\u2019\u00e9pisode suivant, qui prend naissance chez Visconti, dans sa mani\u00e8re de percevoir l\u2019Italie \u00e0 travers le cin\u00e9ma, se d\u00e9roule sous nos yeux, avec une telle richesse et une telle vari\u00e9t\u00e9 qu\u2019on peut consid\u00e9rer le cin\u00e9ma comme l\u2019art majeur de notre \u00e9poque, tout comme le fut l\u2019op\u00e9ra \u00e0 l\u2019\u00e9poque du romantisme et l\u2019architecture au d\u00e9but de la Renaissance. Par ailleurs, si ce n\u2019\u00e9tait une question de place, il y aurait lieu d\u2019indiquer ici les divers liens entre la peinture naturaliste et v\u00e9riste de la fin du XIX<span style=\"vertical-align: 4px; font-size: 70%;\">e<\/span> et du d\u00e9but du XX<span style=\"vertical-align: 4px; font-size: 70%;\">e<\/span> si\u00e8cle, et de nombreuses images du paysage italien que l\u2019on doit \u00e0 Michelangelo Antonioni, \u00e0 Pietro Germi, \u00e0 Federico Fellini et \u00e0 nombre d\u2019autres metteurs en sc\u00e8ne de premier plan ; sans oublier la reprise du style du Caravage qui appara\u00eet dans <em>Accatone<\/em> de Pier Paolo Pasolini (1961). Qu\u2019il suffise de souligner la continuit\u00e9 sans faille reliant le cin\u00e9ma n\u00e9or\u00e9aliste italien au r\u00e9alisme qui a fleuri, en peinture, dans l\u2019Italie la\u00efque, socialiste, occup\u00e9e \u00e0 d\u2019humbles t\u00e2ches, \u00e0 l\u2019\u00e9poque suivant le Risorgimento ; soulignons aussi combien la perception visuelle de l\u2019Italie et des Italiens a trouv\u00e9 dans le cin\u00e9ma un m\u00e9dia lui permettant d\u2019\u00eatre diffus\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et de toucher toutes les couches sociales, avec un rayon d\u2019action totalement in\u00e9dit dans un pays comme le n\u00f4tre. Cependant, l\u2019historien ne manquera pas de relever que les premi\u00e8res lueurs, la pr\u00e9histoire, pourrait-on dire, du cin\u00e9ma italien \u2014 en 1910, environ \u2014 co\u00efncident pratiquement avec l\u2019\u00e9poque du mouvement futuriste et avec le d\u00e9clin du naturalisme en peinture. Elles co\u00efncident aussi avec l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus important de ce si\u00e8cle en mati\u00e8re de peinture, la peinture m\u00e9taphysique de Giorgio De Chirico [\u2026].<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Federico Zeri, <em>le Mythe visuel de l\u2019Italie<\/em>.<br \/>\nTraduction de Christian Paolini. Rivages, 1986.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span class=\"note\">Le titre original, pour \u00eatre plus scolaire et moins vendeur, est plus exact : <em>la Percezione visiva dell\u2019Italia et degli Italiani nella storia delle pittura<\/em> (1976). <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img9\/fzep.jpg\" width=\"500\" height=\"375\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est toujours int\u00e9ressant, le regard de l\u2019historien d\u2019art sur le septi\u00e8me art, sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9tablir des connexions entre peinture et cin\u00e9ma, de mettre au jour des continuit\u00e9s souterraines l\u00e0 o\u00f9 le discours critique privil\u00e9gie souvent les ruptures. 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