{"id":624,"date":"2013-06-20T22:05:26","date_gmt":"2013-06-20T20:05:26","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=624"},"modified":"2025-03-03T12:07:08","modified_gmt":"2025-03-03T10:07:08","slug":"toto-au-nouvel-an","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=624","title":{"rendered":"Tot\u00f2 au Nouvel An"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img10\/ldj.jpg\" width=\"500\" height=\"375\" \/><br \/>\n<span class=\"note\">Anna Magnani en fausse blonde et Tot\u00f2 dans <em>Larmes de joie<\/em><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">Nul \u00ab joker \u00bb, pas m\u00eame les Marx Brothers, n\u2019a \u00e0 ce point impos\u00e9 sa seule pr\u00e9sence physique comme une <em>signature <\/em>dans ses prestations : le comique de W.C. Fields \u00e9tait largement d\u2019essence verbale. Mais que Tot\u00f2 apparaisse sur l\u2019\u00e9cran, l\u2019espace s\u2019ordonne autour de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">G\u00e9rard Legrand <sup>1<\/sup><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne saurait mieux dire, et c\u2019est particuli\u00e8rement flagrant dans <em>Larmes de joie<\/em> de Mario Monicelli (<em>Risate di gioia<\/em>, 1960), en reprise en France dans une belle copie. Oui, Tot\u00f2 (de son vrai nom Antonio Focas Flavio Angelo Ducas Comneno di Bisanzio De Curtis Gagliardi, rien que \u00e7a) est ce comique g\u00e9nial dont la simple pr\u00e9sence est en soi captivante, m\u00eame quand il a l\u2019air de ne rien faire ; et l\u2019espace se recompose v\u00e9ritablement autour de sa personne, si souveraine est sa mani\u00e8re d\u2019habiter un plan et d\u2019incarner son personnage jusqu\u2019au bout des ongles. C\u2019est d\u2019autant plus \u00e9vident dans <em>Larmes de joie<\/em> que le com\u00e9dien, alors \u00e2g\u00e9 de soixante-deux ans, vient d\u2019entamer la derni\u00e8re partie de sa carri\u00e8re et que son tempo s\u2019est quelque peu ralenti, de sorte qu&rsquo;on aper\u00e7oit plus ais\u00e9ment le com\u00e9dien au travail, ce qu&rsquo;il est en train de faire et comment il s&rsquo;y prend. Rien, pas m\u00eame tel fr\u00e9missement de paupi\u00e8re subliminal alors qu\u2019il est au second plan, ne para\u00eet chez lui laiss\u00e9 au hasard, tout est sous contr\u00f4le et se manifeste pourtant sous les auspices de la plus parfaite spontan\u00e9it\u00e9. C\u2019est magnifique \u00e0 voir, et doucement euphorisant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Quant au film, lointainement inspir\u00e9 de deux nouvelles de Moravia, on se demande par quel myst\u00e8re il \u00e9tait pass\u00e9 presque inaper\u00e7u, car il compte parmi les grandes r\u00e9ussites de Monicelli. Trois personnages s\u2019y croisent, se perdent et se retrouvent durant la nuit de la Saint-Sylvestre : une figurante de Cinecitt\u00e0 (Anna Magnani), un vieux cabot sans le sou (Tot\u00f2) et un voleur mondain (le jeune Ben Gazzara) dont les stratag\u00e8mes seront constamment contrari\u00e9s. Le film adopte la forme d\u2019une d\u00e9rive nocturne dans Rome, propice \u00e0 une peinture exacte de l\u2019Italie du miracle \u00e9conomique et de l\u2019euphorie consum\u00e9riste (en quelques plans de grands magasins gorg\u00e9s de marchandises et de vitrines illumin\u00e9es de f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e, tout est dit), ainsi qu\u2019\u00e0 une travers\u00e9e de toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9, des trattoria aux dancings, du petit peuple romain trimball\u00e9 dans le dernier m\u00e9tro aux invit\u00e9s hupp\u00e9s d\u2019une r\u00e9ception d\u2019ambassade. Multipliant les rencontres, les digressions et les bifurcations impr\u00e9vues, la trame para\u00eet dans ses meilleurs moments s\u2019inventer librement sous nos yeux, et si cela se paie d\u2019une mise en place et de transitions parfois laborieuses, cela nous vaut de purs moments de gr\u00e2ce, Monicelli excellant \u00e0 capter \u2014 entre autres choses \u2014 le sentiment d\u2019\u00e9tranget\u00e9 et d\u2019esseulement profonds qui peuvent vous \u00e9treindre durant les nuits de r\u00e9jouissances obligatoires au sein d\u2019une foule qui ne songe qu\u2019\u00e0 s\u2019amuser, ou en d\u00e9ambulant aux petites heures dans des quartiers absolument d\u00e9serts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On a rapproch\u00e9 <em>Larmes de joie<\/em> de <em>la Dolce Vita<\/em> et c\u2019est bien vu, le Monicelli pouvant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme la version com\u00e9die romaine du Fellini sorti quelques mois plus t\u00f4t. (Les deux films partagent le m\u00eame responsable des d\u00e9cors et des costumes, Piero Gherardi.) Les sc\u00e9naristes (Suso Cecchi D\u2019Amico, Age et Scarpelli) en \u00e9taient n\u00e9cessairement conscients, puisqu\u2019ils ont gliss\u00e9 une allusion moqueuse au film de Fellini \u2014 en tant qu\u2019il a instantan\u00e9ment produit une image iconique de Rome, aussit\u00f4t diffus\u00e9e internationalement. Dans une sc\u00e8ne, un Am\u00e9ricain ivre mort veut entra\u00eener la Magnani pour un bain de minuit dans la fontaine de Trevi. \u00ab Maudit cin\u00e9ma ! \u00bb, s\u2019exclame Magnani, et l\u2019on notera que sous sa perruque blonde, elle appara\u00eet alors comme une parodie d\u2019Anita Ekberg. Ce n\u2019est pas la seule finesse r\u00e9f\u00e9rentielle du film : les photos du pass\u00e9 illustre de Tot\u00f2 punais\u00e9es dans sa chambre sugg\u00e8rent qu\u2019\u00e0 cette date le com\u00e9dien a achev\u00e9 de se confondre avec sa <em>persona<\/em> ; pour sauver sa peau, Magnani, prise d\u2019une inspiration subite, rejouera dans la r\u00e9alit\u00e9 une sc\u00e8ne qu\u2019on l\u2019a vue auparavant interpr\u00e9ter sur un plateau de Cinecitt\u00e0. Le film propose enfin la confrontation de deux styles de jeu : deux monstres sacr\u00e9s du cin\u00e9ma italien, Magnani et Tot\u00f2, <em>versus<\/em> un jeune Am\u00e9ricain nerveux form\u00e9 \u00e0 l\u2019Actor\u2019s Studio, Gazzara. Au total, <em>Larmes de joie<\/em> enchante par son m\u00e9lange de registres, et l\u2019ensemble est soutenu par une belle photographie de Leonida Barboni et une invention visuelle \u00e0 laquelle ne nous a pas toujours habitu\u00e9s Monicelli : superbe l\u00e2cher de ballons inaugural sur une foule de f\u00eatards, d\u00e9luge de confettis dans le dancing tapiss\u00e9 de miroirs qui multiplient l\u2019espace \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">P.-S. : 1. Sp\u00e9cial copinage : mon ami Ren\u00e9 Marx est l\u2019auteur de la seule monographie en fran\u00e7ais sur Tot\u00f2, <em>Tot\u00f2, le rire de Naples<\/em> (\u00e9ditions Henri Berger), vivement recommand\u00e9e. J\u2019en aurais volontiers cit\u00e9 un extrait, mais c\u2019est le chantier ici et c\u2019est toujours quand on a besoin d\u2019un livre qu\u2019on ne le retrouve pas.<br \/>\n2. Y aura-t-il un jour un \u00e9diteur de DVD assez intr\u00e9pide pour offrir aux non-italianophones des coffrets Tot\u00f2 avec des sous-titres fran\u00e7ais ? Il se ruinera dans l\u2019op\u00e9ration, nous lui en rendrons d\u2019autant plus gr\u00e2ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span class=\"note\">1. <em>Cin\u00e9manie<\/em>, Stock, 1979. Fait significatif, Tot\u00f2 est par exception le seul com\u00e9dien \u00e0 avoir une notice au sein du dictionnaire des r\u00e9alisateurs qui constitue la troisi\u00e8me partie de cet indispensable ouvrage.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna Magnani en fausse blonde et Tot\u00f2 dans Larmes de joie Nul \u00ab joker \u00bb, pas m\u00eame les Marx Brothers, n\u2019a \u00e0 ce point impos\u00e9 sa seule pr\u00e9sence physique comme une signature dans ses prestations : le comique de W.C. Fields \u00e9tait largement d\u2019essence verbale. 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