{"id":646,"date":"2013-09-08T21:02:39","date_gmt":"2013-09-08T19:02:39","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=646"},"modified":"2015-03-14T14:14:45","modified_gmt":"2015-03-14T12:14:45","slug":"un-dimanche-sur-scene-avec-sondheim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=646","title":{"rendered":"Un dimanche sur sc\u00e8ne avec Sondheim"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img10\/rmsond.jpg\" align=\"left\" width=\"245\" height=\"184\" hspace=\"10\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On replonge avec amour, d\u00e9lice et orgue dans l\u2019\u0153uvre de Stephen Sondheim gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019excellente monographie que lui consacre Renaud Machart, fin connaisseur de la musique am\u00e9ricaine contemporaine (on lui doit, chez le m\u00eame \u00e9diteur, des essais sur John Adams et Leonard Bernstein) et du <em>musical<\/em> (nombreux articles dans <em>le Monde<\/em>). Il s\u2019agit du premier ouvrage en fran\u00e7ais sur Sondheim. Alliant avec clart\u00e9 l\u2019information factuelle et l\u2019analyse musicale accessible au profane, Machart a opt\u00e9 pour un parcours chronologique mettant l\u2019accent sur l\u2019\u0153uvre repr\u00e9sent\u00e9e du compositeur, en laissant de c\u00f4t\u00e9 ses projets inaboutis et ses activit\u00e9s annexes (depuis l\u2019\u00e9criture de sc\u00e9narios jusqu\u2019\u00e0 la confection de mots crois\u00e9s pour le <em>New York Magazine<\/em>, notre homme \u00e9tant grand amateur de jeux de langage, de r\u00e9bus et d\u2019anagrammes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Form\u00e9 par Oscar Hammerstein II, qui lui tint lieu non seulement de mentor mais de quasi-p\u00e8re d\u2019adoption, Sondheim a d\u00e9but\u00e9 comme parolier, notamment pour <em>West Side Story<\/em>. Depuis <em>Company<\/em> (histoire d\u2019un c\u00e9libataire new-yorkais confront\u00e9, au cours de sa soir\u00e9e d\u2019anniversaire, \u00e0 des couples mari\u00e9s l\u2019invitant \u00e0 se ranger alors m\u00eame qu\u2019ils lui renvoient une image peu avenante de la vie conjugale), son \u0153uvre se signale par le  souci de ne jamais refaire deux fois la m\u00eame chose <sup>1<\/sup>. Chacune de ses productions est ainsi envisag\u00e9e comme un pari aventureux qui \u00e9largit les cadres conventionnels du <em>musical<\/em> classique, aussi bien par le choix des sujets et le dispositif narratif que par la complexit\u00e9 des partitions. Tant\u00f4t il transpose des films \u00e0 la sc\u00e8ne (<em>A Little Night Music<\/em>, adaptation de <em>Sourires d\u2019une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9<\/em> d\u2019Ingmar Bergman ; <em>Passion<\/em>, d\u2019apr\u00e8s <em>Passion d\u2019amour<\/em> d\u2019Ettore Scola), tant\u00f4t il r\u00e9invente la f\u00e9erie \u00e0 la lumi\u00e8re des contes de Grimm <em>(Into the Woods)<\/em> ou revisite la l\u00e9gende point si dor\u00e9e du <em>musical<\/em> (<em>Follies<\/em>, requiem pour un Broadway disparu, qui est au <em>musical<\/em> ce que <em>Boulevard du cr\u00e9puscule<\/em> est \u00e0 Hollywood). Au minimalisme conceptuel de <em>Pacific Ouvertures<\/em> (chronique de l\u2019histoire du Japon trait\u00e9e sur le mode du th\u00e9\u00e2tre kabuki) succ\u00e8de sans coup f\u00e9rir le macabre <em>Sweeney Todd<\/em> (histoire, dans le Londres victorien, d\u2019un barbier assassin dont les cadavres des victimes finissent en tourtes), qui commence en grand guignol r\u00e9jouissant et s&rsquo;ach\u00e8ve en trag\u00e9die jacob\u00e9enne. <em>Sunday in the Park with George<\/em> prend pour sujet la gen\u00e8se et la cr\u00e9ation du grand tableau de Seurat <em>Un dimanche apr\u00e8s-midi \u00e0 l\u2019\u00eele de la Grande Jatte<\/em> (au pointillisme de la technique du peintre s\u2019accorde le pointillisme musical de la partition). Pour raconter la vie d\u2019un musicien \u00e0 succ\u00e8s, <em>Merrily We Roll Along<\/em> adopte une construction antichronologique, du pr\u00e9sent vers le pass\u00e9. Et de m\u00eame <em>Assassins<\/em>, qui traverse un si\u00e8cle d\u2019histoire des \u00c9tats-Unis en passant en revue les tentatives d\u2019assassinat, r\u00e9ussies ou non, sur la personne des pr\u00e9sidents am\u00e9ricains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c0 l\u2019originalit\u00e9 des livrets r\u00e9pondent le talent du parolier (mobilisant toutes les ressources de la langue anglaise, aussi dou\u00e9 pour la m\u00e9lancolie douce-am\u00e8re que pour l\u2019ironie sarcastique et l\u2019humour noir) et le g\u00e9nie du compositeur. Dot\u00e9 d\u2019une culture musicale encyclop\u00e9dique qui englobe aussi bien la musique populaire que la musique dite savante, capable de trousser une m\u00e9lodie classique comme de flirter avec l\u2019atonalit\u00e9, Sondheim manifeste notamment un go\u00fbt du pastiche et du collage musical qui lui permet, par exemple, pour chacune des strates temporelles de <em>Follies<\/em>, <em>Merrily We Roll Along<\/em> et <em>Assassins<\/em>, d\u2019adopter un style musical co\u00efncidant avec l\u2019\u00e9poque \u00e9voqu\u00e9e par la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais une telle ambition explique aussi que Sondheim se soit souvent retrouv\u00e9 en porte-\u00e0-faux et que sa carri\u00e8re ait connu plusieurs revers : trop avant-gardiste pour Broadway, pas assez <em>high brow<\/em> pour le public d\u2019op\u00e9ra. En fait, comme tous les grands auteurs modernes de <em>musicals<\/em>, Sondheim aura d\u00fb affronter et r\u00e9soudre une contradiction : comment traiter des sujets \u00ab s\u00e9rieux \u00bb, \u00ab adultes \u00bb, \u00ab d\u00e9primants \u00bb, au sein d\u2019une forme qui propose par tradition un spectacle optimiste tenu de divertir et d\u2019enchanter ? Cette tension traverse tout le genre depuis un bon demi-si\u00e8cle, \u00e0 la sc\u00e8ne comme \u00e0 l\u2019\u00e9cran (cf. parmi tant d\u2019autres <em>Cabaret, Chicago, All That Jazz, Pennies from Heaven<\/em> ou <em>Une chambre en ville<\/em>). Elle fait tout le prix de son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un certain nombre de <em>musicals<\/em> de Sondheim sont disponibles en DVD (zone 1) : <em>Company<\/em> (deux versions), <em>Sweeney Todd, Sunday in the Park with George, Into the Woods<\/em> et <em>Passion<\/em>. Esp\u00e9rons que les reprises r\u00e9centes, au Th\u00e9\u00e2tre du Ch\u00e2telet, d\u2019<em>A Little Night Music<\/em>, <em>Sweeney Todd<\/em> et <em>Sunday in the Park with George<\/em> ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9es et donneront lieu \u00e0 l\u2019\u00e9dition de DVD, car on dit ces productions remarquables. Quoique Youtube ne soit qu\u2019un pis-aller, on recommande vivement, en guise de zakouski, l\u2019ouverture de <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=JJsd_Cvk_rw\" target=\"_blank\"><em>Company<\/em><\/a> et le premier quart d\u2019heure de <a href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=W-bjPPmg8a4\" target=\"_blank\"><em>Sunday in the Park with George<\/em><\/a> (jusqu\u2019\u00e0 la fin du premier num\u00e9ro de la formidable Bernadette Peters ; au fait, celui qui joue Seurat, c&rsquo;est Mandy Patinkin, le mentor de Carrie Mathison dans <em>Homeland<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span class=\"note\"><sup>1<\/sup> Ce trait le rapproche d\u2019Alain Resnais auquel le lie une admiration mutuelle et qui lui commanda la musique de <em>Stavisky\u2026<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 son nom \u00e9tait quasiment inconnu en France hors du cercle des passionn\u00e9s de <em>musicals<\/em>. Pour la petite histoire, c\u2019est Jacques Demy qui avait fait d\u00e9couvrir Sondheim \u00e0 Resnais en l\u2019emmenant voir une repr\u00e9sentation de <em>Company<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" align=\"left\" \/>Renaud Machart, <em>Stephen Sondheim<\/em>. Actes Sud, \u00ab Classica \u00bb, 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On replonge avec amour, d\u00e9lice et orgue dans l\u2019\u0153uvre de Stephen Sondheim gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019excellente monographie que lui consacre Renaud Machart, fin connaisseur de la musique am\u00e9ricaine contemporaine (on lui doit, chez le m\u00eame \u00e9diteur, des essais sur John Adams et Leonard Bernstein) et du musical (nombreux articles dans le Monde). 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