{"id":90,"date":"2006-11-09T11:45:38","date_gmt":"2006-11-09T11:45:38","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=90"},"modified":"2008-10-07T16:14:20","modified_gmt":"2008-10-07T14:14:20","slug":"raphaelson-lubitsch","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=90","title":{"rendered":"Une \u00e9trange amiti\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/lubitsch.jpg\" align=\"left\" hspace=\"10\" \/>Superbe et troublant petit r\u00e9cit, d\u2019essence presque jamesienne dans ses aveux diff\u00e9r\u00e9s, ses r\u00e9v\u00e9lations tardives, sa mani\u00e8re de tourner autour d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 ambivalente qui s&rsquo;\u00e9chappe au moment o\u00f9 l\u2019on va s\u2019en saisir. Dramaturge de la c\u00f4te Est, Samson Raphaelson (1896-1983) a tir\u00e9 comme beaucoup de ses pairs une part de sa subsistance du cin\u00e9ma. S\u2019il a travaill\u00e9 notamment avec Hitchcock (<em>Soup\u00e7ons<\/em>), son nom reste li\u00e9 \u00e0 celui d\u2019Ernst Lubitsch, avec et pour lequel il a \u00e9crit une dizaine de films, et non des moindres (<em>Haute P\u00e8gre<\/em>, <em>The Shop Around the Corner<\/em>, <em>Le ciel peut attendre<\/em>). Du petit homme rond aux gros cigares et \u00e0 l\u2019\u0153il p\u00e9tillant de malice, Raphaelson brosse un portrait attachant, o\u00f9 l\u2019auteur de <em>To Be or not to Be<\/em> se r\u00e9v\u00e8le au naturel plus proche des farces berlinoises de ses d\u00e9buts que de l\u2019\u00e9l\u00e9gance raffin\u00e9e associ\u00e9e \u00e0 la <em>Lubitsch touch<\/em>. Entre ces deux hommes aussi dissemblables que possible, la collaboration est sans nuages. Aucun conflit d\u2019ego, des s\u00e9ances de travail faites d\u2019\u00e9mulation joyeuse et d\u2019empoignades hom\u00e9riques sur une r\u00e9plique, qui sont la marque v\u00e9ritable d\u2019une tacite estime r\u00e9ciproque. Cependant, le sc\u00e9nariste et le metteur en sc\u00e8ne cantonnent leur relation \u00e0 un cadre strictement professionnel. Jamais de confidences intimes. Une fois le point final mis \u00e0 un sc\u00e9nario, on \u00e9change une poign\u00e9e de main courtoise et chacun s\u2019en retourne \u00e0 sa vie &#8211; jusqu\u2019au film suivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En 1943, Lubitsch est victime d\u2019une crise cardiaque. On annonce aussit\u00f4t sa mort, et l\u2019on demande \u00e0 Raphaelson de r\u00e9diger dans l\u2019urgence un hommage au disparu. Le sc\u00e9nariste se sent d\u2019abord paralys\u00e9, mais bient\u00f4t le d\u00e9clic se fait et le texte \u00ab sortit de moi <em>comme une sc\u00e8ne parvenue \u00e0 maturation<\/em> [c\u2019est moi qui souligne] \u00bb. Non seulement il y d\u00e9voile la profondeur de son attachement au cin\u00e9aste mais c\u2019est en l\u2019exprimant que, pour la premi\u00e8re fois, il en prend conscience. Et cette \u00e9vidence le foudroie : cet homme \u00e9tait mon ami, et je n\u2019ai pas su le lui dire de son vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Or, Lubitsch survit \u00e0 son infarctus. L\u2019\u00e9loge fun\u00e8bre est oubli\u00e9 dans un tiroir, la vie reprend son cours. Mais il arrive que la secr\u00e9taire de Raphaelson transmet le texte en cachette \u00e0 celle de Lubitsch, qui le donne \u00e0 lire \u00e0 son patron &#8211; lequel aura donc l\u2019\u00e9trange privil\u00e8ge de lire de son vivant sa notice n\u00e9crologique. On ne se m\u00e9fie jamais assez de sa secr\u00e9taire. Je vous laisse la surprise de la sc\u00e8ne extraordinaire qui s\u2019ensuivra, lorsque les deux hommes se retrouveront quelques ann\u00e9es plus tard pour \u00e9crire le sc\u00e9nario de <em>la Dame au manteau d\u2019hermine<\/em>. Disons seulement que c\u2019est l\u2019un des plus beaux cas de d\u00e9formation professionnelle qu\u2019on puisse imaginer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Qu\u2019est-ce que la sinc\u00e9rit\u00e9 entre amis, quelle est, dans l\u2019amiti\u00e9, la part n\u00e9cessaire du mensonge ? Et qu\u2019est-ce d\u2019ailleurs que l\u2019amiti\u00e9 ? Sur ces questions sans r\u00e9ponse, et sur ce qu\u2019il sugg\u00e8re entre les lignes du rapport de l\u2019artiste \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, ce livre court &#8211; 66 pages &#8211; mais riche en r\u00e9sonances laisse longtemps songeur, et son \u00e9motion rentr\u00e9e va droit au c\u0153ur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" align=\"left\" \/>Samson RAPHAELSON, <em>Amiti\u00e9, la derni\u00e8re retouche d\u2019Ernst Lubitsch<\/em>. Traduction d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Frappat. Allia, 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><strong>Ping-pong<\/strong> : sur ce livre, voir aussi <a href=\"http:\/\/exitoption.blogspot.com\/2006\/04\/livre-touche-et-retouche.html\" target=\"_blank\" title=\"exit-option-raphaelson-lubitsch\">Exit Option<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Superbe et troublant petit r\u00e9cit, d\u2019essence presque jamesienne dans ses aveux diff\u00e9r\u00e9s, ses r\u00e9v\u00e9lations tardives, sa mani\u00e8re de tourner autour d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 ambivalente qui s&rsquo;\u00e9chappe au moment o\u00f9 l\u2019on va s\u2019en saisir. Dramaturge de la c\u00f4te Est, Samson Raphaelson (1896-1983) a tir\u00e9 comme beaucoup de ses pairs une part de sa subsistance du cin\u00e9ma. 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