{"id":928,"date":"2018-03-10T00:23:02","date_gmt":"2018-03-09T22:23:02","guid":{"rendered":"http:\/\/locus-solus-fr.net\/?p=928"},"modified":"2018-04-28T12:44:32","modified_gmt":"2018-04-28T10:44:32","slug":"whit-stillman-du-film-au-roman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.locus-solus-fr.net\/?p=928","title":{"rendered":"Whit Stillman, du film au roman"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"375\" width=\"500\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img15\/wsdjd.jpg\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Les Derniers Jours du disco<\/em> est un film assez p\u00e2le de l\u2019aimable Whit Stillman. C\u2019est aussi un bon roman, tir\u00e9 de son film par Stillman lui-m\u00eame. Ce n\u2019est pas le seul cas de novellisation \u00e9crite par le sc\u00e9nariste ou l\u2019auteur-metteur en sc\u00e8ne en personne. Au d\u00e9bott\u00e9, on songe au <em>Troisi\u00e8me Homme<\/em> de Graham Greene, \u00e0 <em>Gendarmes et voleurs<\/em> de Donald Westlake, \u00e0 <em>l\u2019Argent de poche<\/em> et <em>l\u2019Homme qui aimait les femmes<\/em> de Fran\u00e7ois Truffaut. Il y a s\u00fbrement d\u2019autres exemples. Mais le roman <em>les Derniers Jours du disco<\/em> se singularise par son dispositif narratif astucieux.<br \/>\n1. Le film racontait les aventures sentimentales d\u2019un groupe de jeunes New-Yorkais des ann\u00e9es 1980, gravitant autour d\u2019un club disco \u00e0 la mode. Parmi ces jeunes gens figurent Dez, g\u00e9rant du club ; deux avocats, Tom et Josh ; Alice et Charlotte, qui font leurs premiers pas dans le monde de l\u2019\u00e9dition ; enfin Jimmy Steinway, qui travaille dans la publicit\u00e9.<br \/>\n2. Le roman se pr\u00e9sente comme le r\u00e9cit de l\u2019histoire v\u00e9ridique ayant inspir\u00e9 la fiction du film.<br \/>\n3. La narration \u00e0 la premi\u00e8re personne du roman est suppos\u00e9ment confi\u00e9e au vrai Jimmy Steinway, qui revisite vingt ans plus tard son cher pass\u00e9, sa ch\u00e8re jeunesse.<br \/>\n4. Ledit narrateur, comme ses anciens amis, a vu le film <em>les Derniers Jours du disco<\/em>, inspir\u00e9 de leur histoire v\u00e9cue. Et il commente au passage le film et sa r\u00e9ception, les libert\u00e9s qu\u2019ont prises les sc\u00e9naristes avec la r\u00e9alit\u00e9, et plus g\u00e9n\u00e9ralement les exigences narratives diff\u00e9rentes suivant qu\u2019on \u00e9crit un sc\u00e9nario ou un roman. Steinway a \u00e9galement eu acc\u00e8s au mat\u00e9riau pr\u00e9paratoire du film (en particulier les entretiens avec les diff\u00e9rents protagonistes de l\u2019aventure), ce qui justifie qu\u2019il puisse raconter les \u00e9pisodes dont il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 personnellement le t\u00e9moin.<br \/>\nBref, c\u2019est un cas de mise en abyme comme je crois n\u2019en avoir encore jamais rencontr\u00e9, o\u00f9 la novellisation inclut dans le r\u00e9cit le film dont elle est la novellisation. Ajoutons qu\u2019en confiant les r\u00eanes du r\u00e9cit \u00e0 l\u2019un des personnages de l\u2019histoire, Stillman r\u00e9sout un probl\u00e8me crucial, celui du transfert du point de vue de la narration (d\u2019une mise en sc\u00e8ne cin\u00e9matographique \u00e0 un r\u00e9cit litt\u00e9raire <sup>1<\/sup>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les novellisations sont souvent des entreprises d\u00e9cevantes, pour une raison qu\u2019a fort bien expliqu\u00e9e Alain Berenboom \u00e0 propos de Graham Greene : \u00ab Un roman est un univers \u00e0 lui tout seul. Alors qu\u2019un sc\u00e9nario n\u2019est qu\u2019une des pi\u00e8ces du puzzle que formera le film termin\u00e9. [\u2026] Or, dans ses novellisations, Graham Greene ne parvient pas \u00e0 donner un \u00e9quivalent litt\u00e9raire aux autres pi\u00e8ces du puzzle. Il fait un roman d\u2019un seul des \u00e9l\u00e9ments, le sc\u00e9nario ou l\u2019histoire et, \u00e0 la lecture, il manque le reste. \u00bb <em>Les Derniers Jours du disco<\/em> fournit un contre-exemple \u00e0 cette remarque tr\u00e8s juste : ce n\u2019est pas le livre qui para\u00eet une r\u00e9\u00e9criture appauvrie du film, c\u2019est au contraire le film qui semble apr\u00e8s coup une adaptation an\u00e9mi\u00e9e du roman, lequel est en tous points plus riche et plus complet. Les personnages y sont mieux d\u00e9velopp\u00e9s, l&rsquo;\u00e9volution de leurs relations en dents de scie plus fine et plus intelligible, le passage du temps plus sensible. Le feeling des ann\u00e9es 1980 est mieux restitu\u00e9 : fin des ann\u00e9es disco, av\u00e8nement des yuppies, transformation du monde du travail, marqu\u00e9e par l&rsquo;apologie de l&rsquo;app\u00e2t du gain et une vague de fusions-acquisitions qui se traduit par des licenciements de masse. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 la musique, paradoxalement, qui ne soit plus tangible dans le roman : c\u2019est dans le film qu\u2019on l\u2019entend \u2013 r\u00e9duite \u00e0 un fond sonore plut\u00f4t indiff\u00e9renci\u00e9 \u2013, mais c\u2019est dans le livre qu\u2019on per\u00e7oit son int\u00e9r\u00eat et la place qu\u2019elle occupe dans la vie des personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le roman s\u2019est m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 bon droit le prix Fitzgerald en 2014 (l\u2019auteur de <em>Gatsby<\/em> s\u2019y trouve d\u2019ailleurs cit\u00e9, page 169). Stillman y restitue \u00e0 merveille la m\u00e9lancolie de ce moment o\u00f9 des vingtenaires faisant leurs d\u00e9buts dans la vie active contemplent d\u00e9j\u00e0 leur jeunesse en train de s\u2019enfuir.<\/p>\n<p><span class=\"note\"><sup>1<\/sup> Cf. \u00e0 ce propos Jan Baetens, <em>la Novellisation<\/em>, Les Impressions Nouvelles, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><img decoding=\"async\" align=\"left\" src=\"http:\/\/www.locus-solus-fr.net\/img\/index.gif\" \/>Whit STILLMAN, <em>les Derniers Jours du disco, suivis d\u2019un cocktail chez Petrossian<\/em> (<em>The Last Days of Disco, with Cocktails at Petrossian Afterwards<\/em>, 2000). Traduction d\u2019Olivier Grenot. Illustrations de Pierre Le-Tan. Tristram, 2014.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Derniers Jours du disco est un film assez p\u00e2le de l\u2019aimable Whit Stillman. C\u2019est aussi un bon roman, tir\u00e9 de son film par Stillman lui-m\u00eame. 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