




Guernesey
Post-scriptum. En farfouillant dans mes carnets à la recherche d’autre chose, je suis retombé sur ceci.
C’est à Londres qu’aboutissent et d’où partent ce que je nomme les corridors du Passé, ces voies parallèles qui vous permettent de sauter en marche sur une autre trajectoire du Temps. J’ai souvent rêve d’un Guide qui enseignerait, avec plan à l’appui, où et comment pénétrer dans ces couloirs comme dans les merveilleuses gares clandestines dont parlait Alphi, vous savez : celui qui laissait la porte ouverte, la nuit, dans l’espoir qu’une dame nue de toute beauté se tromperait enfin de chambre et entrerait chez lui.
André Hardellet, Lourdes, lentes.


Les plans sont la promesse des balades à venir. On ne manque pas de s’y plonger sans fin avant de s’embarquer pour une ville inconnue, d’y inventer des itinéraires, de s’imprégner de sa topographie — carrefours, grands axes et recoins secrets — en se berçant de l’illusion qu’on débarquera en terrain connu, de se créer des repères que la réalité ne manquera pas de démentir. Les plans sont la mémoire des voyages passés. On y retrouve au bout des doigts le souvenir de ses parcours en tout sens. Bref, on a le fétichisme des plans.
Impossible alors de ne pas acquérir cet atlas de poche de Londres (non daté), qui gisait dans une caisse au milieu des vieilles assiettes. Les listes en sont merveilleusement obsolètes, rappel d’un temps où l’on voyageait autrement. Statistiques, suggestions de visites, d’hôtels et de restaurants, théâtres, ambassades, compagnies de fret, parking places for motor cars (denrée si rare qu’il faut la signaler : on en dénombre trente-huit), principaux clubs (c’est Londres), plans de Westminster, de Saint-Paul, de la tour de Londres et du réseau ferroviaire (dont on précise fièrement qu’il est électrifié) : l’éditeur a pensé à tout. Les cartes sont belles.





Saint-Malo
Pouvoir médusant, effet tableau de la réalité. C’est entendu, on n’y voit pas comme en plein jour, mais l’espace d’une seconde on a eu l’impression d’être téléporté dans une toile de Magritte.


Boutique de souvenirs de Rothéneuf.
Ou plutôt Bécassine-Ubu, comme le suggère BC.

Le site est très connu, me dit-on, des férus d’art brut. Je n’en avais jamais entendu parler avant que BC ne me convie à une randonnée pédestre jusqu’à Rothéneuf, à cinq kilomètres de Saint-Malo.
Adolphe Julien Fouéré, dit l’abbé Fouré (1839-1910), fut une sorte de Facteur Cheval en soutane. Atteint de surdité et de problèmes d’élocution suite à une attaque d’hémiplégie, il fut déchargé de son ministère à l’âge de cinquante-quatre ans. Retiré à Rothéneuf, il entreprit de décorer sa maison de sculptures en bois (aujourd’hui disparues), avant d’entamer sur une falaise surplombant la mer une œuvre monumentale directement taillée dans la roche, qu’il poursuivit jusqu’à sa mort.
Comme beaucoup d’artistes dits naïfs, Fouré a puisé son inspiration à des sources multiples qu’il a mariées en un syncrétisme très personnel. Les figures légendaires et les personnages historiques côtoient ici les saints bretons, les animaux et les monstres marins imaginaires. À plus d’un endroit, on pressent que c’est la forme naturelle même des rochers qui lui a suggéré les figures qu’il y a sculptées, et dont certaines, à peine esquissées, semblent des corps pétrifiés dans la lave. L’érosion inévitable et son lent travail d’effacement confèrent à l’ensemble une poésie supplémentaire.
Il n’y avait pas un chat l’après-midi de notre visite, mais on se marche sur les pieds les week-ends et les jours fériés, au dire du jeune gardien du site, installé dans une guérite datant au moins de l’après-guerre — avis, donc, aux amateurs : passez si possible en semaine, hors des périodes de congés. C’est un de ces lieux magiques qu’on a envie, ne fût-ce qu’un moment, d’avoir pour soi seul. Un petit banc de pierre, que j’ai oublié de photographier, invite à la lecture bercée par le bruit des vagues qui viennent frapper les falaises. En face, une île mystérieuse où l’on a cru distinguer une habitation.















