Larbaud range sa bibliothèque

Après la mort de sa mère, en octobre 1930, Valery Larbaud entreprend de réaménager le domaine de Valbois. Il y transporte notamment, depuis la villa familiale de Vichy, sa bibliothèque multilingue de quinze mille volumes, qui occupera à Valbois plusieurs pièces du rez-de-chaussée et du premier étage, répartie par aires géographiques et linguistiques. Cette tâche, parallèlement à d’autres chantiers, l’occupera quelques années. Le 9 septembre 1934, il peut annoncer à Jean Paulhan la fin des travaux.

Ce que vous me dites des progrès de votre livre me fait un grand plaisir ; j’espère que nous en lirons quelque partie, sinon le tout, à la rentrée. Je voudrais ajouter bientôt un Jean Paulhan à ceux qui sont maintenant rangés par ordre chronologique dans le corps de bibliothèque consacré aux « Amis et Maîtres ».

Car ma bibliothèque est enfin en ordre, — autant qu’une bibliothèque bien tenue peut l’être. C’est-à-dire que tous les Français sont ensemble, rangés par siècles, depuis la Chanson de Roland et la Vie de saint Alexis jusqu’à Patrice de la Tour du Pin (Lochac est avec les « Amis et Maîtres »). Et les Brésiliens sont ensemble, et les Ecuadoriens, et les Russes (en traduction, bien entendu), et les Catalans. Le « Domaine anglais » occupe une salle entière (je dis bien une salle, pas une simple chambre). Le classement est sur ces bases : « Œuvres littéraires » par siècles, et dans chaque siècle ordre chronologique, autant que possible ; ouvrages de philologie, y compris les dictionnaires, grammaires, etc., sauf ceux qui ont qualité d’œuvres littéraires (comme serait Vaugelas, ou la Défense et Illustration, pour la France) ; ouvrages d’histoire (même remarque) ; de géographie, y compris les simples guides des villes et régions, — même une chose comme Londres la nuit, — les livres sur la faune et la flore (géographie physique), les livres de piété (géographie humaine !) et les recueils de chansons populaires ; — à part : les études critiques (qui accompagneront peut-être, plus tard, les auteurs qu’elles concernent, chacun à sa place dans son siècle (c’est un problème) ; les Encyclopédies ; les Histoires Générales et Manuels de la Littérature ; quelques Privilégiés dans des armoires vitrées qui leur sont dédiées : par exemple Samuel Butler, tout ce que j’en ai comme éditions, traductions en diverses langues (dont les miennes), ouvrages le concernant ; enfin un choix de bonnes traductions, en diverses langues, de classiques anglais. Même arrangement, dans la même salle, pour les États-Unis ; mais actuellement (autre problème à résoudre), les Sud-Africains, Australiens, etc. suivent les Anglais dans l’ordre chronologique, et les géographies et livres non littéraires concernant les Dominions marchent (si j’ose dire) avec les livres de géographie britannique ; et l’Irlande est disloquée entre l’ordre anglais et ce qui se rattache plus ou moins au Privilégié James Joyce.

Le même ordre est suivi pour la France et les autres domaines, petits et grands, avec cette exception : que toute la géographie, l’Histoire Générale, et les instruments de travail, font bande à part. Pour les petits domaines, ou ceux dont j’ai peu de choses, c’est un jeu charmant : par exemple tous les Catalans, ou les Uruguayens, ensemble, y compris des grammaires, des livres de classe. Mais aussitôt qu’il s’agit de Domaines plus étendus, les problèmes les plus angoissants se représentent. Et puis le format des livres, les diverses dimensions des rayons, des meubles, imposent un certain désordre inéliminable. Ainsi j’ai dû séparer des Portugais la géographie du Portugal et la joindre à la géographie générale, où déjà l’Italie l’attendait, et un ouvrage sur Velázquez a quitté l’armoire espagnole pour se joindre aux ouvrages sur les Beaux-Arts. Enfin à présent je sais je trouverai le livre dont j’ai besoin, et c’est l’essentiel, et il y a de la place pour ceux qui arriveront, envoyés ou achetés. Vous voyez quelle grande occupation cela m’a donnée, et quand vous visiterez les trois pièces qui constituent (avec des « limbes au sous-sol » pour les Médiocres et les Sans-Intérêt-ni-Utilité, — je figure peut-être, chez quelque amateur de livres, dans un sous-sol du même genre !) vous m’admirerez d’avoir pu monter tant de fois les jolies échelles, aux marches tapissées de moquette ton sur ton, qui tendent leur bras rigide vers les plus hauts rayons.

[…] Du reste il y a des à-côtés qui me réservent du travail bibliothécaire pour plusieurs autres étés valboisiens, si Dios quiere : le classement des revues, à peine ébauché pour l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne, pas même commencé pour la France ; le classement des lettres (il y en a des milliers en paquets) ; celui des lettres adressées à ma Mère, à ma tante, à mes grands-parents…

Valery Larbaud-Jean Paulhan, Correspondance 1920-1957.
Gallimard, 2010.


mercredi 14 août 2013 | Bibliothèques | 1 commentaire


Typo des villes (19)


Avignon





Nice



Aix-en-Provence


dimanche 11 août 2013 | Typomanie | Aucun commentaire


In memoriam Jean Lorrain


Nice, place de l’Île-de-Beauté

Si vous saviez dans quel quartier je suis logé, vous verriez combien je suis peu hivernant niçois. J’habite le port, au milieu des pêcheurs et des paquebots en partance […] Cet horizon retrouvé a été celui de mon enfance. [Lorrain était natif de Fécamp.]

Lettre à Georges Normandy, 17 mai 1906.

Jean Lorrain s’était établi à Nice en 1901, à la Villa Bounin. Ce n’est qu’en mai 1906 qu’il emménagera au 7 place Cassini (rebaptisée depuis place de l’Île-de-Beauté), dans un grand appartement donnant sur le vieux port. Il mourra quelques semaines plus tard, le 30 juin. Sa mère conservera l’appartement jusqu’à sa propre mort, en 1926.

Le verbe « célébrer » prête à sourire quand on sait le peu de cas que faisait Lorrain de la bonne société niçoise et dans quel vitriol il trempait ses chroniques.

Le site jeanlorrain.net, auquel je dois ces détails biographiques et l’extrait de la lettre à Georges Normandy, reproduit la chronologie détaillée établie par Thibaut d’Anthonay pour sa biographie de Jean Lorrain (Fayard, 2005).


samedi 10 août 2013 | Pérégrinations | 2 commentaires


Trompe-l’oeil




Nice, musée Matisse





Nice, place Garibaldi

Carrefour d’influences — italienne, anglaise, russe… —, Nice offre un séduisant patchwork architectural. Le baroque triomphe dans les églises et les chapelles — de nombreux architectes piémontais ont séjourné ici —, le genre Belle Époque côtoie le style Paquebot, les villas multiplient les pastiches désinvoltes. Couronnant le tout, les façades en trompe-l’œil déploient leur charme mystifiant au musée Matisse et dans le vaste décor de la place Garibaldi (conçue à la fin du XVIIIe siècle par l’architecte Antoine Spinelli, c’est l’un des espaces urbains les mieux proportionnés qu’il m’ait été donné de voir). Les fenêtres et les volets sont vrais, tandis que les frontons, les chambranles et leurs ombres portées sont peints ; mais, suivant la distance, l’angle et la lumière, tantôt tout a l’air vrai, tantôt tout a l’air faux. L’illusion est superbe.


vendredi 9 août 2013 | Pérégrinations | Aucun commentaire


Librairies du monde (7)


Espace aéré réparti sur deux niveaux, ampleur et variété du choix : on s’est pris, à Nice, d’affection immédiate pour la Librairie Masséna (55 rue Gioffredo). Les amateurs de livres anciens iront musarder dans la Librairie Niçoise (2 rue Défly) et la librairie L’Escurial (29 rue Alphonse-Karr).




Chambres


Nice, Hôtel Félix.


mercredi 7 août 2013 | Chambres | 2 commentaires


Passages

Le vieux Toulon aux venelles étroites abandonnées à leur décrépitude. On ne résiste jamais à la magie des passages, ces couloirs parallèles qui suggèrent l’existence d’une cité secrète doublant celle que nous arpentons.




mardi 6 août 2013 | Pérégrinations | 1 commentaire