Sic transit

Feuilleton du vendredi matin. À quelle mise en scène se prêtera l’invendable squelette de la brocante, qui n’a toujours pas trouvé preneur sept mois après sa première apparition ?


vendredi 23 décembre 2011 | À la brocante | Aucun commentaire


Les filiations secrètes


Barbet Schroeder, entretien à propos de Mad Men

Dans sa remarquable notice sur la Féline1, Jacques Lourcelles esquisse un parallèle imprévu entre Tourneur et Rossellini, en montrant comment leurs films dessinent une ligne de fracture essentielle entre le cinéma de l’avant et de l’après-guerre. Travaillant dans le sens d’une intériorisation du contenu du film, les deux cinéastes accomplissent chacun à sa manière une « révolution de l’intimisme ». Le cinéma va y gagner « une plus grande proximité, une plus grande intimité — quasi psychique — du spectateur avec les personnages, explorés dans le tréfonds de leurs peurs, de leurs angoisses, de leur inconscient ».

La connexion Tourneur-Rossellini, on n’y aurait jamais pensé, et voilà qu’elle frappe d’un coup comme une évidence. On ne verra plus leurs films tout à fait de la même manière. Il entre peut-être une part de goût du paradoxe dans la proposition de Lourcelles, mais en même temps on sent bien que son intuition est juste et qu’elle ouvre des perspectives insoupçonnées non seulement sur les deux cinéastes, mais sur tout ce qui s’est joué dans le cinéma de l’après-guerre, aussi bien en Europe qu’à Hollywood.

J’ai toujours aimé ces rapprochements aussi féconds qu’inattendus. Ils enrichissent notre regard sur les œuvres en suggérant des filiations secrètes qui les éclairent réciproquement (ce n’est pas pour rien que Lourcelles place sa notice sous l’invocation de Borges, en rappelant après lui que l’histoire des formes procède par avancées souterraines quasi imperceptibles plutôt que par des coups d’éclat spectaculaires). Et j’ai éprouvé le même petit choc électrique, la même sensation d’une révélation lumineuse en visionnant hier l’entretien avec Barbet Schroeder proposé en supplément à la troisième saison de Mad Men. Entretien de grand intérêt, où Schroeder évoque avec toute l’intelligence qu’on lui sait son travail de réalisateur sur un des épisodes qui exigeait le plus de doigté (celui de la mort de Kennedy), avant d’analyser avec précision celui du concepteur de la série, Matthew Weiner ; notamment son souci du détail poussé jusqu’à la maniaquerie, que Schroeder rapproche de celui de Rohmer sur le tournage de la Boulangère de Monceaux, dont il interprétait le rôle principal : cette obsession de l’authenticité jusque dans des choses qui se remarqueront à peine à l’écran, qui n’ont « pas d’importance dramatique a priori mais dont l’accumulation finit par se sentir et par produire un effet très important sur le spectateur ». Et c’est alors que Schroeder ajoute : « Mat Weiner aime beaucoup la Nouvelle Vague, il aime beaucoup les premiers films de Melville ; mais surtout, le grand modèle de Mad Men — là, j’ai été très surpris —, c’est Chabrol, et spécialement les Bonnes Femmes, ce film où il y a justement plusieurs histoires qui s’enchaînent [impliquant] plusieurs personnages. »

Mad Men / Chabrol / les Bonnes Femmes, bon sang, mais c’est bien sûr ! Là encore, jamais on n’y aurait pensé, mais à ce seul énoncé le caractère chabrolien de Mad Men saute aux yeux avec une totale évidence : le dosage singulier de cruauté et d’humour, le travail sur le cadre et le léger retrait de la caméra qui adopte une position d’entomologiste, le regard sur le monde des secrétaires, la finesse de la peinture sociale parfaitement intégrée à la trame narrative et visuelle, où tout est donné à voir sans autre forme de commentaire — par exemple, l’arrivée aussi discrète que puissamment invasive de la télévision dans les foyers et la manière dont elle vampirise les existences (on resonge soudain à tel plan de la Cérémonie) —, et jusqu’aux options d’éclairage et au traitement de la couleur qui rappellent par moments la photo de Jean Rabier.


Mad Men ou Chabrol ?


Très chabroliennes, la triangulation de l’espace, la présence des miroirs
et la manière dont le téléviseur sert de pivot visuel et signifiant à la scène.

1 Dictionnaire du cinéma, Bouquins-Laffont, 1992, p. 543-545.


vendredi 16 décembre 2011 | Dans les mirettes | Aucun commentaire


Chambres



Ambiance nuit

Ambiance jour

La Louvière, Hôtel New Matinal. Quite a shock.


mardi 18 octobre 2011 | Chambres | 3 commentaires


Chambres


Bruxelles, square des Latins


mardi 18 octobre 2011 | Chambres | Aucun commentaire


Chambres


Louvain-la-Neuve



Nancy, Hôtel des Prélats


lundi 19 septembre 2011 | Chambres | Aucun commentaire


Une coque à l’horizon

On le disait perdu en mer, prisonnier des Sargasses, l’équipage affamé tirant à la courte paille qui passerait à la marmite… Nenni, sœur Anne, je vois à l’horizon un éclair d’acier qui flamboie ! C’est bien lui ! Il est reviendu ! C’est


(un clic et c’est plus grand)

Qui sont le mystérieux Docteur Tran et le joueur de tuba des rails du Mile-End ?
Que sont les jardins anarchiques de Bruno Montpied ?
Que se passe-t-il à Albuquerque (par-delà le bien et le mal) et à la Jack Kerouak School of Disembodied Poetics (Naropa) ?
Que chantent Captain Beefheart, les Throwing Muses, Michael Hurley, Jacques Higelin et Éric Lapointe (oui, même lui) ?
Comment promener son ennui à bicyclette au Lac Saint-Jean?
Quid de Cascadia et de la course aux écoles privées ?
Que disait Jean Benoît ?
Qu’a écrit Odilon-Jean Périer ?
Que lisait Pierre Peuchmaurd ?
Quels sont les secrets de l’Autre Monde ?
Comment filme-t-on Montréal ?
Et le cybersexe dans tout ça ?

Anne-Marie Beeckman, Jean-Yves Bériou, Daniel Canty, Maïcke Castegnier, Geneviève Castrée, Maxime Catellier, Benoît Chaput, Byron Coley, Bérengère Cournut, Patrice Desbiens, Julie Doucet, Hélène Frédérick, Joël Gayraud, Sarah Gilbert, Dan Hillier, A.J. Kinik, Gabriel Landry, Gabriel Levine, Setrak Manoukian, Thurston Moore, Antoine Peuchmaurd, Barthélémy Schwartz et Valérie Webber font toute la lumière sur ces épineuses questions.

Sans oublier la typographie inusuelle de monsieur Moulino et le jeu impossible de votre serviteur qui vous apprendra comment aller de Jules Verne à Jules Verne.

Propulsion du fier submersible le dimanche 18 septembre à partir de 17 heures à la librairie Le Port de tête (262, avenue du Mont-Royal Est, Montréal).

Lancement concomitant de l’épatante Typographie inusuelle de Marc Pantanella qui met la gaieté dans les casses (L’Oie de Cravan/Finitude, extrait) et du dernier numéro de Der Stein, le fanzine en allemand de Julie Doucet.

Vins pour la soif et feux de joie. Qu’on se le dise, mille barils !

LE BATHYSCAPHE EST UN ESQUIF SANS PUBLICITÉ NI SUBVENTION !
C’EST VOUS QUI FAITES TOURNER L’HÉLICE !
CULTURE INACTUELLE – PLAISANTERIES DOUTEUSES
ÉQUIPE INTERNATIONALE


mardi 13 septembre 2011 | Actuelles | 1 commentaire


Version anglaise

J’ai toujours pensé que le plus beau cadeau, pour un écrivain, consistait à être traduit dans une langue qu’il connaît, de manière à pouvoir enfin se lire comme un autre. Ce petit bonheur vient de m’arriver, grâce à Edward Gauvin — lecteur féru de fantastique et traducteur, notamment, de Bernard Quiriny — qui a suffisamment aimé le Voyageur de la nuit pour en traduire des morceaux choisis et les proposer à la rédaction de Birkensnake, qui les a acceptés.
Birkensnake est une petite revue littéraire américaine publiée avec un soin tout artisanal. Mise en page sobre, impression en deux couleurs, reliure cousue main. Le numéro 4, tout juste paru, peut se commander ici ; on peut aussi le télécharger gratuitement dans divers formats.
La traduction impeccable d’Edward Gauvin allie l’élégance à la précision. Qu’il en soit ici remercié car il m’a fait,  je le répète, le plus beau des cadeaux. Pour tout dire, je me trouve bien meilleur prosateur en anglais.


dimanche 4 septembre 2011 | Actuelles | 5 commentaires