Espèces d’espaces
Tout bibliomane est confronté tôt ou tard au manque de place.

Source : I Love Reading and Writing
Quand élever des rayonnages jusqu’au plafond ne suffit plus, il reste le loisir de coloniser les escaliers,

Source : Kate Hedin

Librairie Guagga Art and Books (Cape Town)
Source : Bibliobibuli


Source : Fubiz
d’occuper les meubles inutiles,

Source : Nihil Noetia
ou — comble du chic — de transformer les couloirs en tunnels.

Source : CuongDC
À l’abordage
Il semble que la rumeur se confirme : le vaisseau hanté des bas-fonds serait de retour ! Le Bathyscaphe, le journal culturel le plus lent et inactuel des sept mers, devrait fêter la publication de son cinquième rapport d’expédition dès la semaine prochaine.
Ce sera, si les marées sont bonnes,
jeudi 18 février en la bonne ville de Montréal,
en rade du Port de Tête,
262, avenue du Mont-Royal Est
à partir de 18 heures.
Pour l’occasion, on y croisera, outre les membres de l’équipage,
quelques-uns des plus patibulaires faciès de frères et sœurs de la côte
qu’il vous aura été donné de voir.
L’alcool sera gratuit et le journal pratiquement donné
pour la modique somme de 5 piastres !

Au sommaire, les travaux de Romy Ashby, Sarah-Jade Bernier, Frédéric Blanc, Daniel Canty, Maïcke Castegnier, Jeanne Castegnier-Mainville, Maxime Catellier, Benoît Chaput, Byron Coley, Bérengère Cournut, Marci Denesiuk, Julie Doucet, Alexandre Fatta, Hélène Frédérick, Joël Gayrault, Sarah Gilbert,Alan Glass, Thierry Horguelin, Thurston Moore, monsieur Moulino, Hermine Ortega, Antoine Peuchmaurd, Hannah Reinier, André Stas, Barthélémy Schwartz et Valerie Webber.
On y évoquera, entre autres et dans le désordre : le Kindle, les prédictions Maya pour 2012, François Vallejo, Otto Gross, Jacques Yonnet, Llewyn Powys, les éditions Isolato, les éditions de L’Encyclopédie des nuisances, Pierre Peuchmaurd, le cinéma sous-marin, les Melvins, Radovan Ivsic, un Botanica de New York, Gaston Bachelard, les arbres de Montréal, Juan Míro, Rabindranath Tagore, Antonin Artaud, Alan Glass, Arnaud Desjardins, Martine Aballéa, les situationnistes, Alberto Manguel, Aksak Maboul, Fernando Baez, Marcel Schwob, Álvaro Mutiz, la bibliothèque d’Hyderabad, Julien Gracq, Jean-Pierre Martinet, les définitions du dictionnaire, Natalie Dylan, Berlin la nuit, John Sinclair, Robert Giraud, J.-P. Clébert, Ramon Sender, André Hardellet, John et Yoko, Edgar Hilsenrath, Steve Gebhardt, Bakounine, Scrawl, Lao Tseu, La Chaise-Dieu, Kermaria an Iskuit, Max le perroquet, Franz Jung, le Ipad et les éditions Nautilus.
LE BATHYSCAPHE EST UN ESQUIF SANS PUBLICITÉ NI SUBVENTION !
C’EST VOUS QUI FAITES TOURNER L’HÉLICE !
CULTURE INACTUELLE – PLAISANTERIES DOUTEUSES – ÉQUIPE INTERNATIONALE
(Via Des nouvelles de L’Oie.)
Ce qu’ils lisent
2 février
Liège
— En attendant le début d’une réunion culturelle dans une annexe de l’Hôtel de ville, un homme à queue de cheval lit Une petite ville en Allemagne de John Le Carré.
3 février
Liège
— Dans l’autobus 4, un jeune homme blond lit un roman de Robert C. Wilson publié dans la collection Folio SF.
— Gare des Guillemins, un homme monte en première classe avec Underworld USA de James Ellroy.
Bruxelles
— Note socio-vestimentaire du jour : la lectrice est une jeune femme en manteau noir, que seule singularise la couleur de son écharpe.
— Dans le métro, direction gare de l’Ouest, notre premier spécimen porte une écharpe pourpre et lit O coborire in infern de Doris Lessing, traduction roumaine (sauf erreur) de Briefing for a Descent into Hell.
— Gare centrale, quai n° 3. Assise sur les marches de l’escalier, notre deuxième spécimen (écharpe vermillon) s’absorbe dans le Miroir de Cassandre de Bernard Werber.
— Debout un peu plus loin, une autre lectrice (écharpe bleu ciel) referme un livre néerlandais relié sous une couverture rouge (Schaduw Loper ou quelque chose du genre) pour papoter avec l’amie qui vient de la retrouver.
— Également debout, une quatrième jeune femme (écharpe violette) attend son train en lisant Theorizing Surveillance. The Panopticon and Beyond, collectif sous la direction de David Lyon.
— Le manteau noir a aussi les faveurs du lecteur. Celui-ci tient sous le bras The Keizer quelque chose. Celui-là, monté dans le train de Louvain-la-Neuve, a posé sur sa tablette l’Affaire Toutankhamon de Christian Jacq (exemplaire de bibliothèque).
Dans le train Bruxelles-Liège
— Un jeune lecteur de l’Ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon et un trentenaire barbichu plongé dans Une couronne d’épées de Robert Jordan.
Librairies du monde (3)

Bart’s Books (Ojai, Californie). Photo John Platt.

Brattle Bookshop (Boston). Photo Paco Seoane.

Photo Yeksitra.

Installée dans une cabine téléphonique désaffectée, la plus petite librairie d’occasion du monde
(Krimmensen, Allemagne). Photo Photoelectrique.
Dimanche en jazz 2
Roulez, tambours. C’est aujourd’hui que l’ami Tatum lance le grand feuilleton illustré que nous attendions avec impatience, Le jazz que nous préférons.
Une trentaine de personnes dont ma pomme ont été invités à concocter la liste de leurs vingt-cinq albums de jazz préférés. Point de palmarès des meilleurs disques de l’histoire du jazz — pour cela les ressources livresques ou en ligne abondent — mais l’exploration du jardin secret de chacun, promesse de belles et nombreuses découvertes. Ça démarre bien : dans la liste de Tony Verstraete qui ouvre le bal, six disques que j’avais pressentis pour la mienne et qui n’y auront finalement pas trouvé place (avec un gros regret pour Warne Marsh), et huit autres inconnus de moi que je vais m’empresser d’emprunter à la Médiathèque — bonheur et pied !
***
FMR sort des oubliettes les enregistrements d’un trio pionnier de la scène free anglaise, Red Square. Entre 1972 et 1978, Jon Seagroatt (clarinette basse amplifiée et saxophone soprano), Ian Staples (guitare électrique et violon) et Roger Telford (batterie) pratiquèrent une musique galvanisante, à cheval sur le free, l’avant-rock, le noise et la musique expérimentale. Selon le communiqué de FMR (pdf ici), leur rapport pugnace au public — anticipant de quelques années l’arrivée du punk — et leur entêtement à se produire dans des salles inadéquates (clubs de folk et bars de pub-rock) les obligèrent plus d’une fois à vider les lieux en catastrophe par la porte de derrière pour ne pas se faire écharper. Le groupe s’est récemment reformé et l’on peut ouïr quelques morceaux épatants sur sa page MySpace, ou les télécharger ici.
Ce qu’ils lisent
Dans le train Liège-Bruxelles
– Une brune dans la vingtaine lit L’accro du shopping dit oui de Sophie Kinsella.
– Un peu plus loin, un jeune couple en vis-à-vis. Elle ouvre un roman d’Arthur C. Clarke dans une vieille édition de poche fatiguée, lui potasse The Elements of Statistical Learning: Data Mining, Inference, and Prediction de Hastie, Tibshirani et Friedman.
– Un jeune homme en noir lit Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba de Ludo Martens en remplissant un cahier de notes.

Bruxelles
– Métro Gare centrale, une femme arpente le quai en lisant Enfant 44 de Tom Rob Smith.

– Dans le métro, direction Hermann-Debroux, une femme debout lit le Livre de Dina, tome 1, de Herbjorg Wassmo (10/18). Une autre assise commence The Mysterious Affair at Styles d’Agatha Christie dans l’édition de poche Harper, en examinant longuement la quatrième de couverture, puis la liste des œuvres du même auteur.
Ce qu’ils lisent
27 janvier
Dans le train Liège-Bruxelles
– Bertrand Morane classait les femmes en grandes tiges et en petites pommes. La grande tige est une dame en noir, aux yeux sombres et cernés, à la chevelure en bataille. Elle annote de la prose administrative, puis se plonge dans Kafka on the Shore de Murakami. Sur la banquette d’en face, voici la petite pomme, cheveux châtain, pull gris clair et jeans, lisant Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee.
– Derrière moi, une jeune femme aux cheveux longs et fins, foulard violet noué sur un chandail vert, s’est endormie sur les Grandes Affaires criminelles en Belgique.
– On dénombre encore une lectrice du Saut de l’ange de Frances Fyfield.
Bruxelles
– Gare centrale, un ado longiligne coiffé d’un bonnet rayé marche à grandes enjambées vers le métro en dévorant un volume du cycle la Rédemption d’Althalus de David et Leigh Eddings.
– Dans le métro, en direction d’Hermann-Debroux, un autre lecteur de fantasy. C’est un trentenaire trapu, le nez dans le premier tome des Chevaliers d’émeraude d’Anne Robillard, Feu dans le ciel. Assise un peu plus loin, une dame commence un nouveau chapitre de De soie et de sang de Qiu Xiaolong, tandis qu’un homme s’absorbe dans l’Éveil de votre puissance intérieure d’Anthony Robbins. Il y a deux autres lectrices dans le wagon – ah, et encore un lecteur là-bas, ce qui fait six personnes en tout. C’est un record pour Bruxelles.
– Retour Gare centrale en milieu d’après-midi. Sur le quai n° 3, un homme maigre à grands favoris attend debout son train en soulignant au feutre bleu des passages d’un ouvrage de Frank Visser sur Ken Wilber, dont le titre complet m’échappe.
Dans le train Bruxelles-Liège
– Une dame blonde lit un thriller d’Olivier Descosse, le Pacte rouge.