Un cirque à lui tout seul
Que faisiez-vous avant d’écrire ?
Donald Westlake : Eh bien, j’étais un enfant, et je passais la plupart de mon temps à attendre Noël. À Noël, on m’offrait des choses avec lesquelles j’aimais jouer, et à l’âge de onze ans, j’ai découvert que j’aimais jouer avec les mots plus qu’avec aucune autre chose. J’ai découvert que j’étais écrivain. Je ne savais pas vraiment ce que cela voulait dire, sauf que j’aimais les mots. J’aimais fabriquer des phrases qui avaient une résonance très dramatique. D’après les livres que j’avais lus et les films que j’avais vus, j’ai compris que c’était ma nature. Cela m’a pris des années pour découvrir quelle sorte d’écrivain j’étais, mais j’étais sûr d’en être un. J’ai fait d’autres métiers car l’écriture ne suffisait pas à me faire vivre pendant un certain temps. Mais j’étais écrivain quand même, et je n’ai pratiquement rien fait avant d’écrire.
On peut le dire d’une autre façon : j’avais peur. J’étais un enfant qui se trouvait constamment en difficulté. Et quand vous ne cessez d’avoir des ennuis, vous devez raconter quelque chose aux adultes qui permette de vous en sortir. Vous avez constamment peur, parce que vous savez que vous n’allez pas vous en tirer comme ça. Et à l’âge de onze ans j’ai découvert que j’aimais les mots en partie parce qu’ils m’aidaient à m’en sortir. C’est ce qu’ils ont continué à faire depuis lors.
Vous avez dit un jour que l’objectif principal d’un écrivain était de ne pas ennuyer le lecteur. Pensez-vous que le but de l’écrivain est de distraire avant tout ?
D.W. : Quand j’écris, je suis un cirque à moi tout seul. Je suis le jongleur, je suis le lion, je suis l’ours acrobate et je suis les clowns. Je m’amuse comme vous pouvez vous amuser à regarder quelqu’un qui fait des tours d’adresse. Jongler est ce qu’il y a de mieux. J’espère que ce plaisir arrive à passer dans les livres. Les écrivains dont j’aime les livres sont ceux qui me donnent la même impression en tant que lecteur. Ils sont un cirque à eux tout seuls et vous disent : « Regardez ce que je sais faire ! » S’ils s’amusent, je sais qu’ils vont m’amuser aussi.
[…]
Ce n’est jamais facile d’écrire. Ou c’est impossible, ou cela vient naturellement. Il y a des livres que je n’ai jamais terminés parce qu’ils sont devenus impossibles en cours d’écriture. […]
Pour ma part, je ne fais jamais de plan. Habituellement, je connais un, deux ou trois personnages qui vont me permettre d’écrire la première phrase. Une fois que je connais la première phrase, je suis paré pour la suite. Parfois, si j’ai de la chance, je connais la fin. La plupart du temps, je ne la connais pas, et quand j’y arrive, je dois tout reprendre et changer un tas de choses. Je ne connais jamais le milieu de l’histoire avant d’y parvenir.
[…]
Un jumeau singulier reste quand même un livre très drôle. Pensez-vous que les livres les plus pessimistes sont aussi finalement les plus drôles?
D.W. : Qu’est-ce que la comédie ? Ce sont des choses qui ne tournent pas comme elles devraient. Le pilleur de banque arrive, et il n’y a pas de place où garer sa voiture. Vue sous cet angle, la comédie est pessimiste. Mais qu’est-ce que la tragédie ? Exactement la même chose. Je ne sais toujours pas pourquoi parfois c’est la comédie, parfois la tragédie. Les histoires c’est toujours à propos de quelque chose qui, soudain, tourne mal.
Propos recueillis par François Guérif. Polar n° 22, 15 janvier 1982.
2009 commence bien, bordel
Gros, très gros coup de bourdon : Donald Westlake est mort. Je n’ai vraiment pas le cœur d’ajouter quoi que ce soit. D’ailleurs je retourne me coucher.

photo de Laurie Roberts
L’article du New York Times.
Bilan annuel
Livres : 96
Films : 76 (la chute libre continue)
Séries : 12 (pour un total de 13 saisons, dont 2 en cours)
Disques (première écoute) : 182, dont jazz (161), classique (8), blues & soul (4), rock-pop (4), musicals (2), BO (2), chanson française (1). Merci à la Médiathèque, sans laquelle ma vie ne serait pas la même.
Les bavardages auxquels vous avez échappé cette année, en raison du manque de temps et de ma très grande paresse :
– Recensions de livres : le Fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland (10/18) ; Dictionnaire de l’argot des typographes d’Eugène Boutmy (Le mot et la lettre) ; le Journal de Manchette (Gallimard) ; les Chroniques d’Hector Fabre (mais Antoine P. en a parlé ici) ; Ma vie sur un tabouret de Martial Solal (Actes Sud) ; Mr Beck’s Underground Map de Ken Garland (Capital Transport) ; G.K. Chesterton, les Contes de l’Arbalète (l’Âge d’homme) et l’Assassin modéré (Le Promeneur).
– Recensions de disques : Fred Anderson/Harrison Bankhead, The Great Vision Concert (Ayler records) ; Evan Parker/Matthew Shipp, Abbey Road Duos (Treader) ; Rabih Abou-Khalil, The Cactus of Knowledge (Enja) ; Steve Harris/Zaum, I Hope You Never Love Anything as Much as I Love You (Amazon) ; Randy Sandke, Inside Out (Nagel Heyer) ; Steve Lehman, On Meaning (Pi) ; David Murray/Mal Waldron, Silence (Justin Time) ; Sharon Jones & The Dap Kings, 100 Days, 100 Nights (Daptone) ; Emmanuelle Bertrand, Oeuvres contemporaines pour violoncelle seul (Harmonia Mundi) ; ainsi que les rééditions de deux de mes alboums preferés : Clusone 3, Soft Lights and Sweet Music (Hatology) et Gary Bartz, There Goes the Neighborhood (Candid).
– Nouvel éloge de Tina May, la chanteuse de jazz la plus originale du moment avec René Marie (laquelle est une dame comme son nom ne l’indique pas).
– « La dialectique de Faust », note sur Iron Man de Jon Favreau, mon film de 2008 préféré (mais je n’ai été que trois fois au cinéma).
– Note sur Donald Evans.
– Éloge du 78 tours.
Locus Solus accueille une moyenne de 1500 « visiteurs uniques » par mois. Merci aux aimables lecteurs et aux ameugnonnantes lectrices qui m’ont écrit, parfois pour me recommander des livres et des disques. Il est devenu banal de compiler les mots-clés absurdes, baroques ou grotesques par l’entremise desquels des bataillons d’égarés – parmi lesquels un fort contingent d’obsédés sexuels – atterrissent par erreur sur un site 1. Je prendrai donc cette année le contrepied de cette pratique en saluant les internautes arrivés en ces lieux pour de bonnes raisons (si, si, cela arrive). Meilleurs vœux, donc, aux amoureux, aux amateurs, aux curieux de :
Adios Schéhérazade | Archibald O. Barnabooth | John Barth | Count Basie | Le Bathyscaphe | Max Beerbohm | Robert Benchley | John Berendt | Catherine Binet | Adolfo Bioy Casares | Derek Birdsall | Anthony Braxton | Jeremy Brett | François Caradec | Benoît Chaput | Albert Cim | Richard Cook | Bérengère Cournut | Ned Crabb | John Crosby | Des bibliothèques pleines de fantômes | Dortmunder | Conan Doyle | Mrs Eaves | Félix Fénéon | E.M. Forster | Roger Fry | Stephen Fry & Hugh Laurie | Fu Manchu | Ganelin Trio | Jimmy Giuffre | Johnny Griffin | Chico Hamilton Quintet | Anne-Sylvie Homassel | Alfred Jarry | Francis Lacassin | Allen Lane | Pierre Louÿs | Leopoldo Lugones | Chris Marker | Warne Marsh | Charles Mingus, Cornell 1964 | Paul Masson, dit Lemice-Terrieux | Patrick Mauriès | Dave McKenna | Charles Monselet | Mount Everest Trio | Anita O’Day | Paludes | Paris ne finit jamais | The Penguin Guide to Jazz Recordings | Petit Guide du XVe arrondissement à l’usage des fantômes | Pierre Peuchmaurd | Position Alpha | Alain Resnais et la musique | Raymond Roussel | Richard Stark | André Stas | State of Play | Stendhal | Jacques Sternberg | Lytton Strachey | Lew Tabackin | Roger Tailleur | Ross Thomas | Patrick Tourneboeuf | John Trinian | La Vierge au sac d’or | Le Visage vert | Donald Westlake | The Wire
Plus rapide qu’un gunfighter sans nom dans un western spaghetti, notre filtre anti-spam a flingué en vol 6272 pourriels et mis au purgatoire les IP de 5795 affreux, sales et méchants robots spammeurs. Merci à lui aussi.
1. Amateurs de listes, voyez nos bilans 2006 et 2007, chez Antoine P. ou encore Laure Limongi.
L’omnibus automobile
C’était pendant l’horreur du Quatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud, sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit, gravement ambulait
Par la route céleste unique et nationale.
Il faisait soif, très soif et le petit jet d’eau,
Esclave du destin, montait de bas en haut.
Il était environ neuf heures trente-cinq,
La douce nuit venait de tomber avec grâce.
Et le petit jet d’eau pleurait sur le bassin,
Lorsque je vis passer au milieu de la place
Un omnibus, automobile, entendez-vous,
Avec de grands yeux verts et rouges de hibou.
L’omnibus était vide et l’écriteau « Complet »
Détachait sur fond bleu ses sept lettres de flamme.
Je suivis au galop le monstre qui passait
En écrasant avec des airs d’hippopotame
Des femmes, des enfants, des chiens et des sergots,
Des députés et des tas d’autres animaux.
Enfin il s’arrêta place de l’Opéra
Et je vis qu’il était chargé de sacs de plâtre.
Ces sacs, me dit le conducteur, ces sacs sont là
Pour remplacer le voyageur acariâtre;
Nous faisons des essais depuis plus de vingt mois
Et ces sacs sont pour nous autant de gens de poids.
Mais pourquoi, dis-je au bon conducteur de l’auto
Qui venait d’écraser ces piétons anonymes,
Pourquoi des sacs plutôt que ce cher populo ?
C’est, me répondit-il, sur un ton de maxime,
C’est, voyez-vous, pour éviter des accidents
De personnes qui pourraient bien être dedans.
C’était pendant l’horreur du Quatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud, sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit, gravement ambulait
Par la route céleste unique et nationale.
Il faisait soif, très soif et le petit jet d’eau,
Prisonnier du destin, montait de bas en haut.
Paroles de Vincent Hyspa, musique d’Erik Satie.
Chanté par la soprano Measha Brueggergosman sur un disque épatant, Surprise (airs et cabaret songs de William Bolcom, Schoenberg et Satie ; Deutsche Grammophon, 2007). Recension ici.
Venu de Narbonne à Paris étudier le droit, Vincent Hyspa (1865-1938) fit carrière de chansonnier au Chat noir, puis aux Quat’z’Arts, aux Noctambules et à la Lune rousse. Petits rôles au cinéma dans À nous la liberté, Avec le sourire, la Belle Équipe, l’Étrange Monsieur Victor, etc.
Erré-je tout à fait en rapprochant ce texte délicieux de la Cynégétique de l’omnibus d’Alfred Jarry ? « Des diverses espèces de grands fauves et pachydermes non encore éteintes sur le territoire parisien, aucune, sans contredit, ne réserve plus d’émotions et de surprises au trappeur que celle de l’omnibus », etc.
Penguinophilie
Parmi les dix meilleures couvertures de 2008 choisies par The Book Design Review figurent quelques Penguin particulièrement inspirés.

édition grand format & édition de poche américaine
À ce que j’ai compris, Soon I Will Be Invincible est un roman-hommage à l’univers des comics mettant en scène l’affrontement d’une héroïne cyborg prénommée Fatale et du méchant Dr Impossible. Ni pastiche ni second degré : Austin Grossman aime sincèrement les comics et joue à fond les conventions du genre. Du nanan pour les graphistes, mais la couverture du Penguin (graphiste inconnu) écrase sans peine ses concurrentes :

The Trouble with Physics (graphiste inconnu itou) s’inscrit dans la lignée des couvertures typographiques de Derek Birdsall, qui reste le maître du genre : une trouvaille frappante, simple et évidente comme l’œuf de Colomb, qui fait immédiatement écho au propos du livre. Avec le petit détail qui enchante au second coup d’œil : même le pingouin du logo, en haut à droite, a la tête à l’envers.


La couverture de l’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin, signée David Pearson, est encore plus brillante. Du strict point de vue du marketinge, c’est culotté : le titre et le nom de l’auteur ne se voient pas de loin, on s’épate que les commerciaux qui font partout la loi n’aient pas retoqué le projet. Sur le plan graphique, c’est un petit coup de génie que cette mise en abyme de l’objet-livre jouant de la fascination pour la répétition du même, qu’on peut effectivement éprouver devant les rayonnages d’une librairie où s’alignent plusieurs exemplaires du même ouvrage. Ici encore, accord parfait entre le « visuel » et le contenu du livre.
Pearson, qui travaille pour Penguin depuis six ans, est un des graphistes les plus doués de sa génération On lui doit notamment le design des séries Great Ideas, Reference, Great Loves et Great Journeys. Il a également conçu les maquettes de deux excellents ouvrages consacrées à l’histoire du graphisme de la maison et dont j’avions causé naguère, Penguin by Design et Penguin by Designers. Il est enfin responsable de la nouvelle ligne graphique très réussie de Zulma, ainsi que des couvertures du Visage vert.

Parmi les autres réussites de l’année, on compte encore les couvertures de James Bond dessinées par Michael Gillette pour l’édition du centenaire de la naissance de Ian Fleming. Le Divan fumoir bohémien leur a consacré en mai dernier un billet plein d’intérêt, en les rapprochant à juste titre des génériques de Maurice Binder.

Saluons enfin avec Richard Weston le travail de la graphiste Coralie Bickford-Smith pour deux séries, les Penguin Hardback Classics et surtout la très belle collection Gothic Reds.


Ce qu’ils lisent
19 décembre
Liège
– Une lectrice dans le 4, c’est rare et ça se fête. Mais ce qu’elle lisait, nous ne le saurons jamais, car elle dérobe la couverture à nos regards et descend rue des Vennes en emportant son secret.
Dans le Thalys Liège-Paris
– Une Allemande préfère la musique de son baladeur mp3 à la lecture de The Revenge of Captain Paine d’Andrew Pepper.
– À quelques rangées de ma place, un exemplaire de Grundkurs Filmanalyse de Werner Faulstich est glissé dans le filet de l’appuie-tête. Sa propriétaire déplie des jambes interminables et se dirige vers la voiture bar. C’est une brune longiligne d’1,85 m vêtue d’un pull marin.
– Casque sur les oreilles, un barbu rondouillard, à chaque page un peu plus incliné vers l’avant, semble littéralement happé par Renégats de David Gemmell.
– À Bruxelles, des voyageurs descendent et d’autres embarquent, parmi lesquels une lectrice de Marion Zimmer Bradley, une lectrice d’un roman paru dans la collection blanche de Gallimard et une lectrice d’un 10/18 à couverture rouge.
– « Le Premier ministre hoche la tête » dans un gros thriller au titre indéchiffrable, tenu en main par une autre lectrice.
– En face de nous a pris place une Anglaise à cheveux courts et jolie frimousse vêtue d’un manteau vert emma-peelesque. Elle tire de son sac Breakfast at Tiffany’s de Truman Capote dans une réimpression en fac-similé de la première édition Penguin à bandes horizontales orangées.
– Il y a une demi-douzaine d’autres lecteurs dans les voitures 26 et 27.
20 décembre
Paris
– Sur le quai de la station Opéra, direction Ballard, un homme en duffel-coat examine avec attention une carte géographique reproduite dans le Monde musulman des origines au début du XIe siècle de Philippe Sénac. Un peu plus loin, une petite dame tient un livre relié à couverture bleue refermé sur son doigt qui lui sert de marque-page.
– À Palais Royal, monte un jeune homme coiffé d’un bonnet andin, tenant en main la Meilleure Part des hommes de Tristan Garcia.
– Trois heures plus tard dans la même station, une lectrice de la Princesse des glaces de Camilla Läckberg monte dans une rame en direction de la mairie d’Ivry.
– Mystère à la station Grands Boulevards, direction Ballard. Plantée au bout du quai, une dame pincée lit un gros roman paru chez Actes Sud. À la fin du chapitre, elle referme brusquement son livre et se dirige d’un pas résolu vers la sortie. Lui a-t-on posé un lapin ? A-t-elle décidé de faire la route à pied ?
– Osmose. Dans la rame où nous embarquons, un barbu et sa compagne assis côte à côte sont plongés chacun dans un tome de la trilogie Millénium de Stieg Larsson.
21 décembre
– C’est dimanche. Dans une rame de métro roulant vers Ballard, une jeune femme en chapeau cloche, jeans pattes d’eph’ et souliers vernis pointus élève son âme en lisant Mon testament spirituel de Sœur Emmanuelle.
– À l’autre bout du wagon, une autre jeune femme en manteau gris vient d’entamer Don Quichotte dans la traduction d’Aline Schulman. À ses pieds repose un énorme sac de voyage.
– Changement de ligne. Gare de Lyon monte un homme au visage pointu coiffé d’une casquette, qui s’assoit et ouvre Tristes tropiques de Lévi-Strauss. Il descend à la BNF.
– Quelques heures plus tard, sur la même ligne mais en direction inverse, une dame arbore les Sortceliers de Tara Duncan. Il y a deux autres lecteurs dans la rame.
– Sur la ligne 3, direction Pont de Levallois, une jeune femme assise lit Last Chance Saloon de Marian Keyes, qu’elle tient de la main gauche. La droite repose sur sa jambe, poing fermé sur le pouce, en un geste enfantin émouvant. Elle descend à Havre-Caumartin.
– Dans le RER en direction de Boissy Saint-Léger, une dame élégante s’informe du moral des cadres en parcourant L’open space m’a tuer d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber.
– Ligne 3, direction Galliéni, on s’écrase dans le wagon. Indifférente à la presse, une femme dévore avidement un Agatha Christie. C’est qu’elle approche de la fin et qu’Hercule Poirot s’impatiente. « Certainement pas ! », s’écrie-t-il à la page 220. L’inspecteur Sharpe en reste comme deux ronds de flan.
– À Arts et Métiers, entre un jeune homme au cheveu ras, à la barbe de trois jours. Lui vient seulement de commencer l’Homme aux cercles bleus de Fred Vargas.
22 décembre
– Il est 8 h 12 et il fait toujours nuit lorsqu’un grand-père et sa petite-fille s’arrêtent devant la vitrine d’une boulangerie de la rue Cadet et décident d’entrer acheter un gâteau. Il tient à la main l’Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme de Joseph Leclerc.
– Une dame pressée descend la rue La Fayette en serrant sur son cœur un thriller de Ken Follett.
Dans le Thalys Paris-Liège
– En face de nous, un couple franco-espagnol très épris. Entre deux bisous, elle lit Malinche de Laura Esquivel et lui Lord Arthur Saville’s Crimes d’Oscar Wilde dans une édition Penguin.
– Une jeune femme s’est endormie sur Guerre et paix de Tolstoï. Une autre, bien réveillée, est plongée dans Trace de Patricia Cornwell. Non loin d’elles sont assises une lectrice de John McGahern (Pour qu’ils soient face au soleil levant) et une lectrice de Bachelard (l’Intuition de l’instant).
– La série « grands détectives » de 10/18 a la cote auprès de deux autres dames lisant respectivement un Arthur Upfield et un Frank Tallis. Un troisième amateur de polars a posé sur sa tablette Riches, cruels et fardés d’Hervé Claude.
– À Bruxelles monte un grand gaillard qui s’installe de l’autre côté de l’allée centrale, ouvre Makers of Modern Strategy, from Machiavelli to the Nuclear Age de Peter Paret, et entreprend d’assourdir ses voisins en écoutant plein pot de la musique solidement rythmée sur son baladeur mp3. Un coup de fil nous apprend qu’il se rend à Cologne et qu’il n’a pas reçu le mail de son interlocuteur (mais il répondra demain, c’est promis).
Merci à Mrs Locus Solus de son précieux concours.
Chambres

Paris, rue de Montyon, décembre 2008