Pire que le gros bleu qui tache. Le 15 mai 1940, au cours d’une halte au bord de l’Escaut, Julien Gracq note que
Les hommes appellent le pinard « du mazout ».
Manuscrits de guerre. José Corti, 2011.
Pire que le gros bleu qui tache. Le 15 mai 1940, au cours d’une halte au bord de l’Escaut, Julien Gracq note que
Les hommes appellent le pinard « du mazout ».
Manuscrits de guerre. José Corti, 2011.
— Ma chère Charlotte, je n’aurais pas survécu en société pendant deux années entières si je n’avais pas appris à parler de tout, sauf de ce que je pense réellement.
*
— Il n’y a pas grand-chose à raconter, commença Christina aussitôt. Les jardiniers creusaient la terre pour planter une espèce d’arbuste quand ils ont découvert ces cadavres de bébés. Naturellement, ils ont appelé la police.
— Comment le savez-vous ? s’enquit Emily.
— Mais par les domestiques, ma chère ! Comment se tient-on informé de ce qui se passe en général ?*
Augusta soupira.
— Quelquefois, Brandon, j’ai l’impression que vous affectez d’être obtus uniquement pour me contrarier.*
Un instant, elle craignit qu’il ne recoure à la flatterie. […] Il ne semblait manifester aucun penchant pour la tromperie, ce qui était déjà singulier en soi. La vie en société voulait qu’on se dupe mutuellement, d’un commun accord.
*
— Ne soyez pas ridicule, s’exclama Emily. Ça n’a rien à voir avec son physique, c’est sa langue. On ne peut l’emmener nulle part : elle dit toujours ce qui lui passe par la tête. Demandez-lui son opinion sur un sujet et, au lieu de choisir une réponse appropriée, elle vous dira ce qu’elle pense réellement. Sans le vouloir, elle se saborderait au bout d’un mois, et ne parlons pas de nous ! Et puis Pitt n’est pas un gentleman. Il est beaucoup trop intelligent, pour commencer.
— Je ne vois pas pourquoi un gentleman ne serait pas intelligent, Emily, répliqua-t-il, acerbe.
— Mais tout à fait, mon cher, fit-elle avec un sourire. Seulement, il devrait avoir le bon goût de ne pas le montrer. Vous le savez très bien. Ça indispose les gens et ça implique un effort. Or il ne faut jamais avoir l’air d’accomplir un effort.Anne Perry, le Mystère de Callander Square
(Callander Square, 1980).
Traduction de Roxane Azimi. 10/18, 1997.
























Roissy, hôtel Citizen M


Montréal, avenue de l’Hôtel-de-Ville

Montréal, Hôtel Celebrities

Paris

Ans, par la fenêtre du train

Namur


Bruxelles
Ce n’était pas le souvenir
Qu’il voulait en garder.
Les rideaux étaient tirés,
Les volets clos. On croyait
Entendre une fenêtre,
Ouverte et lointaine.
D’ailleurs la chambre
Ne donnait sur rien.
Une courte cour, de
Main aucune, surface
À peine de réparation.
Le tout pour l’agrément,
En sa mourante saison,
Du voyageur du Nord.*
Aveugle, analphabète,
La chambre naît quand tu y entres.
Elle a tout de suite ton âge.
Elle vivra un jour et une nuit
Comme les insectes mort-nés
Qui rêvent encore
De la chambre d’à côté,
Accueillante, amidonnée.
La chambre fête ton anniversaire,
Comme les Romains
Avec leurs chats et leurs escargots.
Mais à la fin tu manqueras de temps
Et malgré tes calculs
Aucune chambre ne te survivra.*
À l’entrée, une signature à imiter,
Puis des mots, des listes, des langues,
Sur le palier des livres mal oubliés,
Enfin le papier sans en-tête.
L’hôtel d’avant-hier est encore là
Comme le journal d’hier.
On a compté et recompté les morts,
Tous à leur place maintenant,
Et le rapport est contresigné.
Me voici, anonyme paradoxal,
Au pied du miroir.
C’est un plaisir
De ne pas rendre la clé
Pour ne plus jamais disparaître.Jan Baetens, « Hôtel H. »,
suite de vingt-cinq poèmes dédiés à des chambres d’hôtel
dans Ici, mais plus maintenant (Les Impressions Nouvelles, 2019)
